Thursday, September 27, 2007

Claude Lévi-Strauss (pour Claude)

Je suis en train de lire Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss. Sans être en accord avec la somme des prémices pratiques et philosophiques mise en place par l’auteur (l’œuvre date quand même un peu), j’admets, ne serait-ce que pour la plume à la fois lyrique et ultra tranchante de l’auteur, que c’est une lecture qui me plaît énormément.

Je cite deux passages, mais c’est surtout pour Claude, pour te tenter. Je crois que c’est une lecture que tu apprécierais énormément, te rassurant sur certaines de tes positions intellectuelles, tout en te défiant dans certains de tes attachements philosophiques :

« À la suite de Rousseau, et sous une forme qui me paraît décisive, Marx a enseigné que la science sociale ne se bâtit pas plus sur le plan des événements que la physique à partir des données de la sensibilité : le but est de construire un modèle, d’étudier ses propriétés et les différentes manières dont il réagit au laboratoire, pour appliquer ensuite ces observations à l’interprétation de ce qui se passe et qui peu être fort éloigné des prévisions.
À un niveau différent de la réalité, le marxisme me semblait procéder de la même façon que la géologie et que la psychanalyse entendue au sens que lui avait donné son fondateur : tous trois démontrent que comprendre consiste à réduire un type de réalité à un autre; et que la nature du vrai transparaît déjà dans le soin qu’il met à se dérober. Dans tous les cas, le même problème se pose, qui est celui du rapport entre le sensible et le rationnel et le but cherché est le même : une sorte de super-rationnalisme, visant à intégrer le premier au second sans rien sacrifier de ses propriétés.

[…]

Quant au mouvement de pensée qui allait s’épanouir dans l’existentialisme, il me semblait être le contraire d’une réflexion légitime en raison de la complaisance qu’il manifeste envers les illusions de la subjectivité. Cette promotion des préoccupations personnelles à la dignité des problèmes philosophiques risque trop d’aboutir à une sorte de métaphysique pour midinette, excusable au titre de procédé didactique, mais fort dangereuse si elle doit permettre de tergiverser avec cette mission dévolue à la philosophie jusqu’à ce que la science soit assez forte pour la remplacer, qui est de comprendre l’être par rapport à lui-même et non point par rapport à moi. Au lieu d’abolir la métaphysique, la phénoménologie et l’existentialisme introduisaient deux méthodes pour lui trouver des alibis. »

Pages 60-61.

Divertissant, non ?

1 comment:

tonvieux said...

Bonjour Guillaume
Excuse-moi si je ne t’ai pas écrit avant mais je déteste écrire contrairement à toi. Par contre j’aime te lire. Tu m’impressionnes beaucoup par ta virtuosité. Comment peut-on réussir à parler d’une Guimauve comme tu l’as fait? Moi, ça se serait résumé à dire « je l’ai mis au feu et elle a brunit. Elle était cuite » J’ai honte

En passant ta mère a passé sa période d’inquiétude. Tu as été convaincant.
Je suis content de voir comment tu t’intègres. Euphorie, passion d’écrire, joie de découvrir la vie bolivienne dans un contexte où la langue t’isole encore et sans amis ou connaissance avec qui partager du temps. Cela malgré des petits problèmes de santé qui habituellement affectent quand même l’humeur.
Tu sembles quand même de très bonne humeur.
Les cours d’espagnol brisent-ils justement un peu ton isolement?
Chose certaine, à long terme en parlant mieux la langue, ça va être non seulement utile à ton travail mais te faciliter les contacts avec des gens.

Évidemment ce que j’aime le plus, c’est la situation politique bolivienne et tout ce qui concerne la manière de vivre des boliviens.

Quand j’ai lu tes extraits d’articles sur Evo Morales, ça m’a rappelé les journaux vénézuéliens qui sont eux plus violents. Au Venezuela, c’était presque un appel à l’assassinat de Chavez en plus évidemment des accusations de dictature, corruption, petit chien de Castro, de vouloir faire du Venezuela un deuxième Cuba, etc. Évidemment le populisme de Chavez me fatigue et m’inquiète mais jusqu’à maintenant il a respecté la démocratie (élu 2 fois, soumis à un référendum sur sa destitution) et je regarde d’abord ses actions pour améliorer la vie des vénézuéliens avec lesquelles je suis en général d’accord. La question que je me pose c’est quittera-t-il le pouvoir le jour où il perdra ses élections? Je n’ai pas la même confiance en sa profondeur démocratique que j’avais avec Allende.
Je connais moins Evo Morales mais j’espère qu’il est entouré de gens compétents. Quelqu’un a dit « on en fait pas de bons romans avec seulement de bons sentiments » C’est pareil en politique.
Souvent les espoirs ont mal finis en Amérique latine. On pourrait en parler longtemps.
Continue de donner des nouvelles sur la vie politique (assemblée constituante, risque de séparation de la région riche?) et aussi la vie tout court.
J’ai lu ton extrait de Claude Lévi-Strauss. Je dois admettre que ce qui m’a fait le plus plaisir c’est que tu as pensé à moi. Bon ça fait pas très intellectuel mais c’est la vie.
Ça m’a quand même rappelé ma jeunesse où je voulais tout comprendre : le marxisme, la philosophie, la psychanalyse (influence de mon frère?), la sociologie, la biologie, l’astrophysique etc. Évidemment j’ai échoué lamentablement. Je n’avais pas les capacités sans parler de ma vitesse très lente de lecture. J’ai lu un peu sur tout mais je n’ai jamais eu de formation systématique. Je crois(?) qu’il faut être le plus scientifique possible tout en étant conscient des limites de la raison, c’est pourquoi tout en étant marxiste, j’aimais le mouvement surréaliste, les automatistes et l’existencialisme. Sartre voulait faire la synthèse du marxisme et de la psychanalyse. Était-ce contradictoire? Mentionnons que Piaget a dit de Sartre (après « l’imaginaire »?) : C’est de valeur qu’il n’ait jamais mis les pieds dans un laboratoire.
Le lien dans tout ça était de comprendre le monde pour pouvoir le changer. L’engagement chez Sartre me plaisait autant que la praxis dans le marxisme.

Conclusion : Je ne lirai pas Triste Tropiques même si ça m’intéresserait. J’ai pas assez de temps avec ce qui m’intéresse. Merci quand même pour la suggestion.

Revenons à l’Amérique latine. Aujourd’hui il faut tirer les conclusions des erreurs du passé pour ne pas les répéter. Bonne Chance Evo et Chavez et autres

Lâche pas Guillaume, c’est une belle expérience de vie qui va te transformer.

Ton vieux