Wednesday, September 26, 2007

L'aventure, c'est l'aventure

Après la désespérante attente habituelle, ponctuée de ses « vamos » scandés en chœur, le bus quitta finalement en direction de Sucre, à peine une petite heure et demie en retard. La nuit était belle. Un paysage hybride, mi-désert mi-montagne, s’estompe dans l’absence du jour et des lumières de la ville. Notre parcours prend vie dans les phares du bus en un Lost Highway de lignes défilantes. Des lieux mythiques s’arrogent une matérialité, stigmatisant la route de leurs noms. Oruro Cochabamba, Potosí, ces villes que je ne connais que dans la littérature, que dans l’écriture de leur histoire, naissent au détour de panneaux de signalisation. Quoi de plus concret qu’une pancarte routière.
La nuit est belle. J’imagine Sucre, je m'y projette ; vous êtes dans ma tête, je vous caresse d’une pensée. Je suis bien, tant que je parviens à m’assoupir.

Bouche ouverte, filet de bave dans la soif craquelée de mes lèvres : milieu de nulle part.

Pour ceux qu s’en souvienne, oui je croyais avoir trouvé, en fait j’avais déclaré le milieu de nulle part à mi-chemin sur la route menant de Cusco vers Puno. Erreur. Le milieu de nulle part se trouve au deux tiers de la distance séparant Potosí de Oruro et porte le nom de Crucero.

La route, dans sa sinuosité langoureuse, lacère en douceur ce petit morceau de plaine égaré au hasard d’une ceinture montagneuse. Dehors, silence et tranquillité, il n’y a que la lumière de la lune pour seule béquille visuelle, me permettant de voir jusqu’au pics enneigés qui servent de limites à la scène : Crucero. Et elle est belle la scène. Et je l’observe longtemps, car la route est bloquée. Mon somnambulesque espagnol de deux heures du matin m’indique que des différents frontaliers entre municipalité poussent certains activistes aymaresquement vêtus aux désormais classiques moyens de pressions. En vérité, je crois simplement que le bruit est passé que cette fois j’avais réussi à entrer en Bolivie et qu’il fallait donc freiner ma route ailleurs.

Il faut dormir là, sur place. On verra demain matin.

Tiens, il pleut.

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Le temps passe, la dynamite saute, et nous… on stagne.

Neuf heures et 25 bolivianos plus tard, on s’enligne vers un 20 heures de bus de plus. Direction Cochabamba, puis, je l’espère Sucre.

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La Paz-Sucre : 36 heures, nouveau record. Je vous raconte plus tard.

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