Après quelques jours en archives, mais surtout après correspondances avec Geneviève (de son lointain Wisconsin) et discussion avec François (bravo MSN), j’en étais venu à la conclusion que la meilleure, voire la seule façon de me dépêtrer de mon bourbier investigationniste, était de me faire des « contacts », de rencontrer des gens plus aguerris que moi, de discuter bref, plutôt que de chercher un Indien dans une botte de foin (ou quelque chose comme ça). Or, la Bolivie étant ce qu’elle est, l’ABNB (Archivos y Biblioteca Nacional de Bolivia) étaient fermées aujourd’hui, en fait, Sucre, que dis-je, Chuquisaca au complet était fermé en ce chaud 24 octobre : para cívico. Grève nationale si vous préférez. La capital y los impuestos. La vie politique de notre chère enclave andine n’est qu’une série d’offre et de refus, de contre-refus et d’archaïsmes idéiques. Disparités et orgueils stagnants. Mais bon… Institutions fermées nous disions, j’en profite pour étrenner mes nouveaux achats : Asambleas Constituyentes. Ciudadanía y elecciones, convenciones y debates (1825-1971), par Rossana Barragán (bonne chance pour trouver ça au Québec). Lire sans café ? D’accord, je suis zen, mais il y a des limites. Cependant, para cívico oblige, tout est fermé. Non, non, non. On peut toujours compter sur un bon vieux lugar de gringos pour nous servir quand le besoin se fait sentir.
Je me rends au JRC (Joy Ride Cafe pour les intimes) en milieu d’après-midi. Tiens Tottenham joue Getafe. Coupe de l’UEFA… Non, je suis un homme sérieux. Je suis ici pour lire. M’asseyant, j’aperçois une rousse chevelure familière (masculine, pas de danger). Mutuellement entrevus dans les archives, en cordiaux jeunes étudiants que nous sommes, nous nous saluons poliment. Peu de temps suffit à ce que nous entamions une discussion. Matt, originaire du Wisconsin où il a fait ses undergraduate studies, est étudiant au PhD à la University of Texas in Austin. Sympathique jeune homme (je vous le dis, c’est un priori pour être américano-latiniste), il me confirme ce que j’avais cru comprendre, la majorité du personnel des archives est incompétent et le système est fuck all (ce ne sont pas ses paroles exactes, Matt est un jeune homme éduqué, mais je résume). Après avoir quelque peu disserté sur mon pas de sujet, il se propose de me guider demain, me montrer le fonctionnement des fichiers, etc. De plus, il me refile le courriel de Luis Oporto, historien bolivien au savoir étendu et à la connaissance archivistique encyclopédique. Monsieur Oporto travaille en ce moment à une histoire sociale de la guerre du pacifique (je vous passe les détails, mais c’est pile poile pour moi) et, selon les dire de Matt, est toujours enclin à aider les jeunes étudiants plus ou moins égarés.
― Ais-je déjà dit que la vie me souriait ? Pas besoin d’aller vers les ressources, elles viennent à moi ―
Ajoutez à cela ma lecture, fort intéressante et constructive soit dit en passant, et je peux aisément considérer cette journée comme ma plus productive à ce jour. Je souris en ce moment… Et je peux me permettre de zyeuter la rediffusion d’un Lyon-Stuttgart endiablé.
La vie est parfois loin, mais la vie est belle. Boule d’amour à vous tous mes petits.
P.S. Ah oui, j’ai obtenu la bourse de mobilité pour mes recherches au Pérou supervisés par l’Institut péruvien d’études andines de Lima. Quoi ? La Bolivie était connue sous le nom de Haut-Pérou pour environ un quart du XIXe siècle ! Ais-je dit que la vie me souriait ? Pas besoin d’aller vers les ressources…
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5 comments:
hahaha
Vraiment chouette!... trop facile la vie, je sais.
Ceci dit, je doute que tu n'aies rien vu du match...
Tu veux venir au salar de Uyuni avec moi? Sinon je le fais avant de débarquer à Sucre, ce devrait être dans la prochaine semaine.
Justine
J'aimerais vraiment ca, mais je ne peux pas me le permettre, recherches obligent. Au rythme ou vont les choses, j'ai besoin de tout mon temps en semaine dans les archives. Merci quand meme de l'invitation. Fais-moi signe quand tu sais que tu arrives a Sucre.
Tu es bien chanceux d'avoir des trucs de gringos dans ton coin, quant à moi j'ai jeuné pendant toute une journée parce qu'à Rurrenabaque quand ils font grève, ça compte pour les touriste aussi. Et tout ça pour contester une taxe sur l'essence qui donnerait un revenu aux ainés. Vive l'équité!
Je crois que le probleme est un peu plus complexe que cela. Le Bonosol (de bono et solidaridad) est une sorte de rente pour les retraites, quelque chose comme 200 Bs. par annee si ma memoire est bonne. Or, il s'avere qu'au debut du mois d'octobre, le gouvernement a annonce qu'il n'avait pas les moyens de payer la totalite du bonus pour cette annee. Tolee generale, il va s'en dire (surtout dans le contexte des questions relatives a l'assemblee constituante, au transfert de la capital,etc.). Or, pour palier a sa gestion problematique (je m'absient de me prononcer sur la question peuisque je n'en connais pas les details), le gouvernement brainstormant a suggere une taxe sur un bien de consommation, en l'occurence : l'essence. Or dans un pays ou le PIB annuel par habitant est inferieur a 4000 $ et ou il n'existe ni impot, ni taxe a la consomation, il va s'en dire que la solution proposee n'a pas succite les acclamations. Et dans un pays ou le soccer viens en troisieme place des sports les plus pratiques apres les greve d'une journee et les bloquage routier, il est normal qu'une telle nouvelle sucitte une telle reaction. Je crois en fait que oui, on peut dire vive l'equite dans la mesure ou la population s'objecte a payer de sa poche les erreurs de gestion de son gouvernement (c'est comme si le gouvernement du cacanada avait decide de hausser les taxes pour combler les pertes liees au registre des armes a feux, mettons). Mais oui il y a des problemes en Bolivie, et ce non sont pas les plus riches qui en payent le prix...
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