Wednesday, October 31, 2007

Projection dans le flou elliptique du temps – première partie

La chaleur avait finalement fini par se faire importante. Dans un concentrée de rayons, Sucre s’était transformée en un après-midi suant.

Les feuilles semblaient plus lourdes qu’à l’habitude. Incrustés à même les pores grossiers de ce vieux et vieilli papier, en une multitude d’amalgames aux couleurs et contours divers, mycoses et spores, frais ou âgés, se déployaient dans le flottement d’un un âcre parfum. Ou était-ce ses pieds ? Difficilement dissimulable dans le confort d’une sandale mature, la macération de ces orteils à l’apparente décomposition se défilait en un concentré olfactif. Rougeur sur les joues du héros.

Si chaud il fit se jour là que jusqu’au ciel, le soir venu, se mît à suer. À grosse gouttes. Passe et va entre lacs et ciel, alter ego des cieux : voleur de jour, mécène de nuit. Et ces gamins dans les flaques d’eau, et ce trottoir fraîchement refait qui se défile comme une cascade de dalles, et ces éclaires partout au loin (partout), et le tonnerre.

L’étude devenait obsessive, obsédante. Données et concepts s’entrechoquaient au rythme des minutes défilantes. Archives, bibliothèques, marchés, restaurants. Rues, chambre, parcs, sommeil. L’intimité n’existait plus pour Guillaume. Enfin, la seule intimité à persister, et à le faire avec acharnement, était celle le liant à son sujet. Son foutu sujet. Dans le condenser d’apprentissage auquel il se livrait, auquel on le menait, bâillonné, chaînes aux pieds, il faisait quotidiennement constat et bilan de ses erreurs successives – mais c’était beaucoup ça l’apprentissage : l’auto-prise en charge, la capacité de déceler soi-même ses propres erreurs.

Dans l’idée que jusqu’à aujourd’hui il se faisait de son sujet, jamais en avait-il encore perçu l’impossibilité pratique. Les difficultés, oh oui, il les voyaient venir. La lecture à rebrousse poil, il en connaissait les moindres recoins de téguments. Maillot bien ajusté, casque de bain en place il était prêt pour cette nage à contre-courant de la source. Du moins il le supposait. Y avait-il en fait même réfléchi ? Il comprenait soudainement un peu mieux ce que signifiait faire l’histoire…

Les murs semblaient avoir jadis présenté une certaine teinte pastelle, pouliche écrasée, mais la lente décomposition de la peinture jumelée à ce temps qui pour les bâtiments semble se décliné non pas en minutes, jours ou années, mais plutôt en millimètres de saleté, en degré d’obscurité crasseuse, éradiquaient toute conscience de ce passé lumineux. Ces tons usés éclairés de ces quelques néons mal blanchis avaient pour effet de conférer à la pièce une apparence de salle d’interrogatoire communiste (telles que nos imaginaires nous les rappellent), de chambre froide usée, comme si la pièce elle-même était claustrophobe. Les archives de l’archevêché de Chuquisaca souffraient de dédoublement de personnalité, sortes de Gremlins architecturaux dont l’intérieur eu fait l’erreur de manger après minuit. Ces en ces lieux que Guillaume s’usait aujourd’hui les yeux.

La calligraphie épiscopale pêchait par excès de fioritures, alors que les formulations s’étranglaient de politesses, s’entrecroisant l’une l’autre dans un mal de tête téléologique. À feuilleter les correspondances paroissiales d’une année vers l’autre, le candidat au titre de maître ès arts percevait la miniwheat réalité de ces documents. Autant possédaient-ils cette richesse informative, autant ne permettraient-ils pas de répondre à ses hypothèses. C’est que par leur formulation, et c’est ce dont le chercheur s’apercevait, elles ne pouvaient qu’être validées, elles ne pouvaient être infirmées. Or, Guillaume sentait que, sources existantes ou non, son hypothèse se devaient d’être invalidée… elle ne pouvait cependant l’être scientifiquement.

(à suivre…)

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