Touches sombres de vert et de pourpre sur ses effacés reliefs, le ciel s’imposait par un bleu poussiéreux. Dans l’abandon du jour, il s’apprêtait de nouveau à moucher son orgueil sur ce morne plateau caressé de nuages. Le plafond de la ville était bas et en marchant, perdu dans sa bulle, Guillaume s’y cognait la tête. Les vêtements en aqueux dalmatiens s’alourdissaient sur ses épaules sans qu’il ne s’en rende compte, égaré qu’il était dans les discours divers des personnages absents de sa vie. Finirait-il par les trouver ? Aujourd’hui, tantôt, la semaine prochaine, à son retour… Ses quêtes se disputaient l’avant-scène de sa pensée, sans égard au décor dont la charpente encaissait un après l’autre les coups et les charges.
Je m’emballe dans le désagrégement de mes certitudes. Vêtu de flou je me pavane dans les séquelles projectives des échecs à venir, je me dénude dans les possibles en attente. Mes immédiats sont des passés et futurs alors que je me tatoue le désir d’antécédentes absences, que je me marque au fer rouge de passions contenues.
- D’you wanna grab a few beers tonigt ?
- ...
Réveille matin de milieu d’après-midi, Matt manifesta sa présence d’une tape dénuée de violence sur l’épaule. Voyant le regard plis de drap que Guillaume lui offrait, il eu des yeux clignant la miséricorde. Se ressaisissant, le cadet des deux secoua légèrement la tête dans l’idée de remettre la figure de son existence en place – un peu comme quand l’on frappe le dessus du moniteur pour stabiliser l’image –, se replaça d’un coup sur sa chaise espérant de ce fait contrer l’action conjointe que la gravité et la friction avaient eu sur son confort vestimentaire,
- …?
- Yah, why not.
- Well call me around eight, and we’ll figure this out. Still in for those tacos ?
- For sure. I’ll call you ‘roud eight.
Cela faisait deux soirs que l’activité était reportée.
Une semaine avant, la route liant Cochabamba à Sucre remémorait à la population locale sa réputation. Un large et profond fossé, un bus, une nuit. Comme dans une démonstration d’orgueil sur la mort, la vie sortit debout du trou dans lequel on l’avait plongée, léchant ses plaies dans un sourire remerciant l’idée d’être toujours là : 30 blessés, zéro mort. Maya faisait partie de ce zéro. Du 30 aussi. Elle avait vu son congé de l’hôpital reporté, fixant du même coup les activités de soirées de Matt pour quelques jours de plus.
Mais ce soir, c’était la famille à l’hôpital…
(à suivre...)
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