Monday, November 26, 2007

Alice au pays des quoi déjà ?

Retournement de situation.

Je me croyais plus fort que cela. Il m’apparaît cependant que j’ai de la difficulté à me concentrer quand la ville en entier explose autour de moi. En ce moment, alors que je me trouve aux archives, marchent dans une incessante pétarade des milliers de personnes vers le cimetière. On porte en terre le corps de la première victime du conflit sucrénien, un étudiant de la faculté de droit. Le bilan est maintenant à quatre morts, dont deux policiers – un fût lynché hier, et deux autres agents des forces de l’ordre manquent toujours à l’appel.

Demain, toute la Media Luna, de même que Tarija et Cochabamba seront en grève (parro civico) pour appuyer Sucre. L’inconscient bolivien hume le coup d’État, flaire la guerre civile. On se bat soit disant pour la démocratie, mais on souhaite le renversement du gouvernement. Il est schizophrène le tombeau du Che. « Evo asasino, Evo asasino » scande la foule, comme si les actions de la police émanaient d’une décision étatique. « Evo asasino, Evo asasino », comme le leitmotiv d’une guerre à finir. D’une guerre à finir, alors qu’elle n’est même pas vraiment commencée.

Je me sens étrange en ce moment. Je crois que l’excitation commence tranquillement à être remplacée par une peur, une peur viscérale, dans la mesure où c’est au bas ventre qu’elle me prend. Une peur indéfinissable puisqu’elle n’est point orientée vers un objet précis, une peur sans direction, vu mon apparente sécurité actuelle dans les archives. Je vis des sentiments confus. Je crois qu’une part de moi voudrait pouvoir prendre part à l’affrontement. Je voudrais une noble cause. Alors que défile en ma tête des passages de Hommage à la Catalogne de Orwell, je pleure la bêtise humaine et regrette ce temps qui m’est inconnu où les idées étaient l’enjeu même des combats, et non seulement des outils de propagande déguisant les véritables motifs des conflits. « Ces une lutte pour la démocratie ! » Mon cul, mon gros cul, petite bande d’endoctrinés trop concentrer dans votre vision qui louche à regarder le bout de votre nez qui de mensonge pousse plus vite que la tristesse sur mon cœur (ouais !). Toute gaminerie s’évacue de mon être au fur et à mesure où je comprends davantage la laideur de ce qui se passe ici. J’ai presque honte dans mon étude historique, d’accorder une attention à cette population. J’exagère. J’exagère beaucoup, mais mon mépris des élites conservatrices (j’emploie cette dénomination pour simplifier) et de la presse qui la représente ne fait qu’aller en grandissant et génère en moi un profond malaise. Cette part idéaliste en moi, qui semblait avoir sommeillée quelque peu ces derniers temps, se réveille, renaît dans la douleur d’une mort en couche, dans l’aveuglement des filets plasmatiques qui obstruent mon regard. La nation bolivienne n’existe pas et dans sa transparence s’apprête à faire exploser l’État sensé être sa structure. Tuez-vous pour la démocratie, la cause est juste, mais ne vous affrontez point parce que la majorité a parlé d’une manière qui ne vous convenait pas.

Le mot dictature revient souvent, comme un dénie de l’histoire récente, le mot totalitaire porte en l’air et frappe mes oreilles comme une définition de l’abus de langage. On joue à la rhétorique en oubliant la portée des discours sur les masses, et si les morts s’apprêtent à pleuvoir sur la pays avec l’excuse toute prête du MAS, l’on a même pas la décence, que dis-je, l’humanité de s’arroger une part de blâme. À coup de palabres et d’invectives, on souffle à cent kilomètre heure sur la braise rougissante d’une question déconnectée qui flambait il y a de cela 110 ans. Ostie de pays d’historicistes.

Je suis triste, fâché, découragé. Mais je garde le sourire dans l’idée sémantique qui approche de retrouver La Paz. Je n’ai tellement pas la tête à mon travail, donnez-moi un peu de quiétude, aussi effervescente soit-elle, laissez-moi le choix de la concentration…

Dans un autre ordre d’idées, aujourd’hui c’est la fête de Maya. Si Sucre s’arroge le droit à un peu de sommeil, on devrait se faire une grosse bouffe. Les amis sauront toujours être le baume au malheur proximal.

Je pense malgré tout (ou peut-être à cause de tout justement) beaucoup à vous. J’ai hâte de vous retrouver, de vous étreindre.

À bientôt.

4 comments:

Anonymous said...

C'est fou à quel point tout le monde n'est jamais d'accord.
Tant que tu ne te transformes pas en rambo, tout ira bien.
J'espère que tu arriveras content et sain à la Paz.

À bientôt :)

Flavie
xxx
( il pleut effrontément sur toute la belle neige qui était tombée cette semaine.... quelle connerie )

Фёдор said...
This comment has been removed by the author.
Фёдор said...

Alors, c'est la rérévolution qui commence?

Давай Ре-револыция начинается!

Chantal said...

salut

c'est fou que ça brasse autant en Bolivie et qu'ici, de ce que j'ai vu/entendu, on n'en entend pas parler... une chance que notre envoyé spécial est au poste!

dans un tout autre ordre d'idée, si tu cherches à te changer les idées et que la musique classique te manque, étant loin de mathieu, voici un lien que tu pourras sans doute apprécier (ou même les lecteurs du blog): http://www.youtube.com/watch?v=0jiu0RNizU8

fais attention à toi!

Chantal xox