Sunday, November 11, 2007

Le jour du seigneur

Je croque à pleines narines dans l’air frais de l’après-midi. Un vent-remède de hangover soutient le ciel transitif qui s’installe au-dessus de nos têtes. La chanson Umberella est prisonnière de ma tête, comme je suis prisonnier de sa répétition sur les ondes radiophoniques. Je n’en ai pas mal à la tête pour autant – la vitamine I demeure ma chère amie. Mes pieds nouvellement vêtus massent dans une succession de talons et d’orteils le bitume qui me guide nulle part. Les dimanches de Sucre sont mornes et vides. Je n’ai envie de rien. Je ne fais rien.

Une autre semaine de passée. Une semaine qui file dans sa routine indéterminée. Les mêmes événements et actions se succèdent d’une semaine vers l’autre sans pour autant générer le rituel, que l’habitude réconfortante du terrain connu. Le « just one beer and I’ll go back home » qui se transforme en un cinq heure du matin titubant de plaisir. Nouvelle discothèque hier, nouvelle gente du même coup. Il y a les acolytes qui ne se perdent pas dans le constant renouveau de la faune, mais le paysage sait se métamorphoser constamment.
Hier fût une très belle soirée, belle nuit plutôt. Les visages inédits m’entourant inspiraient la confiance, l’allégresse. Il y avait quelque chose d’une luminosité mystique chez l’un d’eux qui m’a fait confondre beauté et familiarité. Vivi fût un amour de jeunesse maquillé de teintes boliviennes, le sosie de Laurence (Laurence Mill-End pour ceux qui la connaisse) dans un corps plus petit, un accent différent… Il n’y a que ce matin, dans les flashbacks d’hier, que j’ai fait le lien. Drôle de constat. Belle et longue soirée hier donc, dans la politique et l’histoire qui l’initie, l’anecdotique qui l’enchaîne, la danse qui la clôture avant la démesure, et l’image de ces taxis qui s’opposent dans un point final étoilé.
Mes fins de semaines sont les contrepoids d’outrances de mes semaines toutes modérées de sagesse étudiante. Ma géographie temporelle est une caricature de ma vie montréalaise. Quand je m’en distance, l’exagération de ses traits calque de larges sourires au cœur de mon visage. Je vais être grossier d’amour propre, mais c’est fou ce que je peux m’aimer. Dans mes qualités comme mes défauts, je suis en harmonie avec mon tout constitutif. Désolé de vous en faire part.



Comme un écho-souvenir des cours de Rabkin, je constate l’éclat de l’informalité des processus scientifiques – dans l’idée de la démarche du chercheur. Oui mon matériel se couche sur des feuilles vieillies, emmitouflé de couvertures mycosiques, mais je m’aperçois que la génération des idées qui sauront constituer une cohérence de l’accumulation documentaire émerge des rapports humains que l’on parvient à déployer. Plus que l’individualité de la quête archivistiques, c’est la sociabilité du chercheur qui est à l’origine de l’intelligibilité de ses projets. Le vin, la bière et la bonne bouffe entre amis-collègues sont des outils dont l’historien ne saurait se passer. Avec ma temporalité bolivienne qui s’écoule, je prends note de toute cette connaissance accumulée, de toute la série de pensées et de projets nées en moi atour de ces tables de cuisines, de ces comptoirs de bar. J’aime ce que je fais.

J’ai fini La Condition Humaine de Malraux. C’est grand. Très grand. Courrez le lire ou le relire que l’on puisse s’en parler. Nô trouvera que je me répète, mais il y a une profondeur humaine dans ce livre que j’ai peu rencontré ailleurs. Je ne me souvenais pas la dernière fois où j’avais pleuré sincèrement en lisant une œuvre littéraire. Plus que la charge émotive, c’est l’âme même des désirs et devoirs humains que Malraux esquisse en nuances. Des désirs, des devoirs, et aussi des échecs… Ce livre nous rend plus vivant en nous tuant un peu.

Je vous laisse là-dessus. N’hésitez pas à écrire.

Abrazos

P.S. Je vous dois une petite chronique politique. Ça saura venir. Je commence à avoir une meilleure connaissance et compréhension de la politique du pays, et ce n’est pas vraiment beau… Malgré ses brèches de marginalité, l’histoire semble cyclique en Bolivie

2 comments:

Simon said...

Moi aussi je t'aime.

Le CH m'a fait mal samedi, mais tout ça augure bien quand même.

Guillaume said...

T'es fin.

Douleur surprise au bout des ecouteur. Mais oui, ca augure bien. Je dirais meme qu'il y a comme une ideur dans l'air... Ça sent la promenade sur la Catherine au printemps