Thursday, November 15, 2007

Le problème étudiant n'existe pas

Texte transféré par Caroline. Je le diffuse ici et vous laisse le choix du commentaire critique.

LE PROBLÈME ÉTUDIANT N'EXISTE PAS
  1. Nous sommes des étudiants qui ne reculent pas devant la dernière aberration : que la condition d'accès à l'université - quand accès il y a, puisque l'université demeure d'emblée système de reproduction, facteur d'exclusion, signe de distinction, comme on voudra - soit l'endettement généralisé des étudiants promu au titre de fière institution et de rite de passage.

  1. Non, nous ne sommes pas dupes du fait que la prétendue responsabilisation des étudiants envers leurs propres études (comme retour sur investissement) et la ritournelle de la normalisation par rapport au reste des universités nord-américaines (comme fair play dans la concurrence de l'économie du savoir) n'est que le langage honteux d'une réalité plus honteuse encore. Le discours de la servitude financière comme supposée condition d'une université « de qualité » devrait à ce titre parler plus franchement : ce qui nous attend, c'est au mieux, notre insertion complice dans la docte machine du prestige universitaire, de la recherche spécialisée, de la philosophie professionnelle ; au pire, notre renvoi forcé au travail aliéné, celui de la culture d'entreprise, de l'industrie culturelle ou des services « gratuits ». Dans tous les cas, le mode d'accès à l'université et la signification qu’il lui donne mènent droit à l'existence rangée, béate, assise, quelque part dans la société spectaculaire-marchande. Nous le sentions, la dépression était déjà la grève.

  1. Non, nous ne sommes pas là pour sauver l’université telle qu’elle est, blanche immaculée : financiarisation du simple accès à l’université, marchandisation du statut d’étudiant, diplômation de tout ce qui se diplôme (y compris le nouvel analphabétisme), production en série de tous ces experts en objectivité qui paradent à la télévision, de tous ces cadres à toutes les soumissions, à toutes les mises en marché, des êtres comme des choses, de tous ces servants de messe formés au latin de la « science économique » et de la « science politique », de tous ces littérateurs et scénaristes du spectacle sous toutes ses formes (journalisme, industrie du cinéma, spectateurs spécialisés), etc. Nous ne sommes pas sans savoir que la conséquence la plus prévisible de tout cela est à très court terme la disparition des sciences humaines, des lettres et de la philosophie, bref, de la condition de toute critique possible, de tout avenir possible. En conséquence de quoi, aussi, va s’aggravant l’opposition entre l’élitisme fendant de la classe universitaire, et l’anti-intellectualisme complaisant de la classe médiatique, populaire par procuration. Le confort de la scolastique, d’un côté ; le divertissement du ressentiment, de l’autre ; la guerre sourde, au milieu.

  1. Nous sommes des étudiants qui savent fort bien que ce qu’on appelle commodément opinion publique est toujours plus aplatie ou plutôt, modelée, alors que gouvernements, éditorialistes, administrateurs et représentants s'entendent sur le langage (comptable, bureaucratique, publicitaire) à tenir dans un débat qui est toujours présenté comme rien de plus qu’un 'dossier'. Nous nous rappelons des '103 millions' dont nous n’avions rien à foutre en 2005 (est récupéré qui veut bien). Il n'y a pas de 'dossier de l'éducation', il n’est pas question de « moyens de pression » - le problème étudiant n'existe pas : ce qu'il y a c'est le problème d'une société qui n'a rien à offrir, même à ses étudiants.

  1. Nous en sommes venus à croire que, à voir la délicate tête de l'actuelle Ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, le temps est propice à imposer le langage de la gratuité scolaire, et d'ajouter l'insulte à la provocation : avec rétroaction. La grève est immédiate, et plus de cent étudiants arrêtés les nuits dernières pour cause de 'grabuge' (par quels moyens policiers? nous le savons) n'y changeront rien. Nous sommes pourtant à peu près certains que les bons citoyens que vous êtes trouvent bien méritée la charge policière à l’intérieur des universités et collèges au moindre prétexte d’utilisation des lieux à des fins hors programmes et grandement instructives. Il est à déplorer que la matraque a passé de mode, car elle disait vrai. Mais la (vidéo-)surveillance généralisée, la technologie policière démultipliée et « non-léthale », les manifestations des chars de police en infâmes cortèges ; tout cela, n’est pas sans lien avec ce que les doctes appellent le « naufrage » de l’université, laquelle d’ailleurs, offre gracieusement le baccalauréat en sécurité et police, assorti de cours de philosophie. Trêve de plaisanterie. Tout le monde le sait, le gouvernement le premier, la grève n'est pas l'ultime 'moyen de pression' : l'occupation autochtone est le début de la politique, et la généralisation de la grève et du mouvement, le début de la fin. Ceci n’est pas un appel aux étudiants.

- 15 novembre 2007

2 comments:

Anonymous said...

J'ai trouvé le piton "on" de ma fournaise;
Heureusement, il ne s'agissait pas d'un "destroy button" comme je le redoutais.
(bouton à allure rouge, sans indication)

On a donc du chauffage; il restera peut-être de l'huile pour quand tu viendras nous raconter ça en vrai.

Flash a été un dieu dans cette première grève.
IL a même été un corbeau assez éloquent. Tu eusses fusse fier.

Je pense à toi :)

Fla
xxx

Macacus said...

Il manque un petit mot sur la condition des femmes, tu ne trouves pas?