Wednesday, November 7, 2007

Réflexion

Réflexion suite à la colonne de Manon Cornellier « Renier nos droits », parue dans Le Devoir du 7 novembre : comment ce fait-il que bien souvent, les pro-vies soient également en faveur de la peine de mort ?...

Je vous copie-colle l’article si ça vous intéresse.

L'homme de 50 ans n'a rien d'un enfant de choeur. L'Albertain Ronald Allen Smith a tué deux autochtones qui l'avaient pris en voiture alors qu'il faisait de l'auto-stop dans le Montana. Il les a tués de sang-froid pour, comme il l'a dit lui-même, «savoir ce que ça faisait de tuer un homme». Arrêté, il a été reconnu coupable de meurtre en 1982 et condamné à la peine de mort, une peine qu'il avait d'abord souhaitée. Depuis, il la conteste et tente de la faire commuer en peine de prison à vie. Il a épuisé tous ses recours et comptait sur l'intervention du Canada pour obtenir la clémence. Mais voilà, contrairement à la politique établie de longue date par Ottawa, le gouvernement Harper refuse d'intervenir.

Smith ne suscite aucune sympathie et il a été jugé en bonne et due forme, mais là n'est pas la question. Ce qui est en cause, c'est la position canadienne sur la peine de mort. Sommes-nous pour ou contre? Le Canada a aboli la peine capitale il y a 31 ans et a réaffirmé cette politique lors d'un vote libre du Parlement tenu il y a 20 ans, alors que les conservateurs étaient majoritaires.

Durant toute cette période, le Canada s'est aussi fait un devoir de combattre la peine de mort ailleurs. De plus, il est toujours intervenu pour exiger la clémence lorsqu'un de ses citoyens était menacé d'exécution dans un autre pays.

Interrogés sur ce changement de cap fait en catimini, les conservateurs ont tenté d'esquiver la question, répétant à qui mieux mieux qu'ils ne voulaient pas ramener un meurtrier au Canada. Le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, un partisan avoué de la peine de mort, a donné le ton la semaine dernière aux Communes. «Nous ne chercherons pas activement à ramener au Canada des meurtriers qui ont été condamnés dans un pays démocratique qui respecte la primauté du droit. Ce serait envoyer un mauvais message. Nous voulons préserver la sécurité publique au Canada, et telle est notre position.»

L'opposition est revenue à la charge le lendemain, sans succès. Le leader parlementaire conservateur, Peter Van Loan, a toutefois eu cette réplique révélatrice. «Je sais que la personne que défend le Parti libéral ces jours-ci a été déclarée coupable d'un double meurtre il y a 25 ans, celui de deux personnes abattues de sang-froid d'une balle dans la nuque. Elle avait d'ailleurs reconnu sa culpabilité. Je ne vois pas du tout pourquoi les libéraux souhaitent son retour au Canada.»

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Cette réponse rappelle celle offerte par le premier ministre Stephen Harper quand les libéraux ont évoqué les mauvais traitements réservés aux détenus afghans remis par les Forces armées canadiennes aux autorités de Kaboul. M. Harper avait alors accusé les libéraux de se préoccuper davantage du sort des talibans que de celui des militaires canadiens.

Lorsque le gouvernement a dévoilé son projet de loi contre les crimes violents, les ministres ont presque tous dit qu'il était temps de cesser de donner priorité aux droits des accusés et des détenus au détriment de ceux des victimes.

Ces déclarations révèlent la conception bien étrange des droits fondamentaux qu'ont les conservateurs. À les écouter, on dirait qu'il s'agit de vases communicants. Donner un droit à quelqu'un, c'est automatiquement en enlever un à quelqu'un d'autre. Pourtant, les hommes n'ont pas moins de droits parce qu'on en accorde aux femmes. Les personnes en bonne santé n'en perdent pas quand on reconnaît ceux des handicapés.

Les conservateurs semblent aussi croire que défendre les droits fondamentaux d'une personne équivaut à défendre les gestes de cette même personne ou encore à prendre parti entre deux camps.

Les droits fondamentaux vont au-delà de la personne qui en bénéficie. Ils servent de rempart quand les choses se corsent. Ils existent pour nous assurer que nos gouvernants vont réagir dans le respect de nos valeurs. Il est bien plus difficile de respecter la liberté d'expression de quelqu'un qui dit des choses odieuses que celle d'une personne qui fait écho à nos idées. Il en va de même pour tous les droits.

Demander la clémence pour un meurtrier ne signifie pas qu'on défend son crime mais simplement qu'on veut voir respectée une valeur fondamentale, à savoir le droit à la vie et le refus d'y attenter sous couvert de justice.

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Le ministère des Affaires étrangères explique qu'à l'avenir le Canada n'interviendra plus quand une personne condamnée l'a été dans un pays démocratique et à la suite d'un procès juste et équitable. Mais là encore, on s'écarte du fond de la question.

La Cour suprême a dit qu'on ne pouvait extrader une personne vers un pays où elle serait passible de la peine de mort, à moins d'avoir l'assurance qu'elle ne sera pas exécutée. Et on ne défendrait plus tous nos propres citoyens menacés d'exécution à l'étranger?

Il ne s'agit pas de juger de la qualité du processus judiciaire d'un autre pays mais de se prononcer sur une sentence qu'on rejette sans partage, peu importe le processus suivi. En adoptant cette approche, les conservateurs nous démontrent que, pour eux, le rejet de la peine capitale est une position à géométrie variable, qui dépend de la personne visée, des circonstances, du lieu et ainsi de suite. Comment pourront-ils demander la clémence pour des Canadiens détenus en Chine ou en Arabie saoudite, par exemple, s'ils refusent d'intervenir auprès des États-Unis?

Mais ça ne s'arrête pas là. Aux Nations unies, le Canada s'est joint il y a longtemps à 71 autres pays pour exiger l'abolition de la peine de mort. Il a toutefois décidé d'abandonner tout leadership dans ce dossier puisqu'il a choisi d'appuyer mais de ne pas parrainer, comme beaucoup l'espéraient, une résolution pilotée par l'Union européenne en faveur d'un moratoire sur la peine capitale.

Cette tiédeur équivaut à une remise en question d'une opposition autrefois inébranlable à la peine de mort. Cela exige un débat public. Il ne revient pas au premier ministre ou à un de ses ministres d'en décider unilatéralement et en secret.

1 comment:

tumadre said...

Dans le contexte actuel, une consultation publique sur la peine de mort serait bien dangereuse.