Thursday, November 22, 2007

Sucre à glacer

Il fit environ moins 20 000 degrés en dessous du zéro absolu la nuit passée. C’est que pour seule fenêtre ma chambre se vêt d’une moustiquaire. J’étrennai donc pour la première fois mon sac de couchage. Chaleur pour mes pieds…

Parmi vous, oui vous qui me lisez assidûment ou à temps partiel, vous qui le faite par divertissement ou par amour pour l’auteur, bref parmi vous, amis, il doit bien y en avoir un ou deux pouvant prétendre à une bonne connaissance de ma personne. Ainsi, si de tels gens se lèvent, pourraient-ils m’indiquer pourquoi, bordel, j’ai choisi d’étudier la Bolivie ? Cette encave andine n’est un pays qu’à temps partiel ! Alors que mon travail ici à Sucre, vu sa présente orientation (mon travail, pas la ville), s’achève et que je m’apprête à quitter Sucre pour La Paz où les archives départementales m’attendent toutes ouvertes, chatte en chaleur de l’histoire à construire, voilà que la Bolivie indigène se mobilise.

Petite mise en contexte (sœur, je sais que je me fais redondant) : il y a de cela maintenant plus d’un an, le somme toute frais président de la nation, Evo Morales, annonce l’amorce d’une assemblée constituante (AC) se voulant une solution aux multiples maux de la disparate contrée australe. Nombreux seront les sceptiques de cet évanescent pragmatisme, voyant mal en quoi le constitutionalisme saurait sortir le pays de ses divisions, de son endémique pauvreté. Nombreux seront également les adhérents à la cause, voyant dans cet effort démocratico-législatif la chance décalée d’une juste restructuration d’un monde scindée d’inégalités. Mais qu’importe les pours et les contres, l’institution est mise en place, les travaux prévus pour un an s’amorcent.

La Bolivie étant cependant ce qu’elle – pour tout ce que cela peut vouloir dire ou ne pas dire – à l’échéance prévue viennent s’ajouter quelques mois supplémentaires, la Bolivie ayant ce petit quelque chose de l’étudiant universitaire. Des questions digressives viennent accaparer les débats, les travaux s’emmêlent d’une bureaucratie évidente qui dépasse les membres de l’assemblée – il importe de mentionner que dans son but d’étendre l’étendard de la démocratie populaire, l’AC s’attache de boulets formatifs. Nombreux sont les membres de l’assemblée n’ayant aucune formation politique, aucune expérience appropriée. À l’amorce des travaux, il fallut expliquer aux membres ce qu’était une AC (sans prôner un élitisme antidémocratique, cela n’apparaît pas particulièrement étonnant dans un pays où le ministre de la défense est un électricien s’étend présenté aux élections pour la première fois, l’année de son entrée au pouvoir). Bref, on dépasse l’échéance par faute de l’inexpérience des individus s’adonnant à l’exercice, mais beaucoup aussi – et surtout – parce que les derniers mois sont employés presqu’exclusivement à débattre de la question de la capital.

En effet un important mouvement venant des régions du Sud (Chuquisaca, Tarija), de même que de la Media Luna (Pando, Beni et la puissante Santa Cruz), prétendante à l’indépendance, se manifeste d’une voix forte pour le retour complet des pouvoirs étatiques vers Sucre. Capital historique de la Bolivie, Sucre s’était vu subtiliser les pouvoirs gouvernementaux suite à la guerre fédérale de 1898-1899 qui avait vu l’élite libérale de La Paz s’émanciper politiquement (et remporter la guerre). Or, c’est cette question de la capitalia qui, bien que importante dans l’esprit de nombreuses élites qui y voit une façon de dynamiser l’économie du Sud (permettez-moi de douter du rapport coûts-bénéfices d’une telle entreprise), se trouve au centre des débats sans qu’elle n’est pour autant une importance clé vis-à-vis des buts visés par l’AC.

Paralysant l’AC, et par conséquent toute l’attention politique du pays (celui-ci vivant depuis plus d’un an autour de ce projet jugé, ou du moins présenté, comme fondamental), cette question de la capitalia se transforme en un fort irritant pour de nombreuses factions. Disons principalement que l’altiplano (La Paz, Potosi, Oruro), contrepoids démographique, idéologique et économique à la Media Luna, commence à être particulièrement frustré de cette stagnation. Et dans un pays où lorsque la police fait la grève on envoie l’armée lui tirer dessus, frustration rime systématiquement avec mobilisation (eh, c’est vrai que ça rime). Or, la Bolivie n’est pas le fofi de Québec, quand on décide d’agir, on ne sort pas le vendredi après-midi avec des pancartes pour crier so-so-so, on arrête tout : blocus sur Sucre.

Est-ce que c’est moi qui a un problème avec la Bolivie ou c’est elle qu en a un avec moi ?

Des milliers de campesinos (paysans, gens de la campagne) déferleront aujourd’hui et demain sur Sucre dans le but avouer de lui couper les vivres : oubliez votre idée du transfert de la capital, recommencez à travailler comme il se doit, sans quoi, on vous affame. Et de ces campesinos, nombreux sont ceux venant de Potosi. Des mines de Potosi. Et avec quoi creuse-t-on des mines ? Non, pas des pelles, de la dynamite ! Ça sent le roussi pour les gens qui planifiaient passer la fin de semaine à la campagne… Oh, et pour cette idée d’une intervention du gouvernement pour détendre l’atmosphère, mentionnons que bon nombre des manifestants en marchent sont mobilisés par le MAS, le parti d’Evo Morales. Il y a comme une odeur de guerre civile dans l’air. Bon, j’exagère un peu, mais c’est excitant, non ?

En autant que je puisse être en Argentine dans un mois…

Je vous tiens au courant.

3 comments:

tumadre said...

Que signifie: fofi ?

J'ai grandement profité de ton analyse de la situation. Merci

Macacus said...

hahaha
Ginette, permets-moi un rire sans malice!... vraiment délicieux comme question!

Guillaume said...

Fofi, sans entrer dans de profonds détails sémantiques, dison que c'est synomyme de moumoune. C'es tprincipalement un emprunt à François Pérusse.