« Evo impone con muerte y sangre su Constitución » titrait ce matin le ô combien impartial journal Correo del Sur. Un mort de confirmé, peut-être quatre autres. Et les campesinos qui ne se sont toujours pas manifestés…
En apparence, la journée s’amorçait dans une tranquillité lendemain de veille. Elle avait la gueule de bois Sucre, la gueule du coma éthylique qui se réveille. Les restes de pneus continuaient à fumer ici et là, éclats de roches, de verre, couvraient les rues comme un champ de mines désamorcées ; la ville gisait là, dans la grisaille à propos de son ciel, comme la pauvre victime d’un viol collectif. Un feu avait été rallumé au coin de la Plaza de 25 de Mayo, de petits groupes se formaient à gauche et à droite davantage dans l’optique d’une commémoration de la violence de la veille que dans l’intention de la répétition. Le centre de Sucre reprenait son calme habituel, son calme mérité. Mais si le centre pansait de tranquillité ses plaies, il n’en allait pas de même du côté de la Glorieta. Massée dès l’avant-midi, une forte foule allait s’y manifester, en face des représentants de l’Assemblée Constituante – dont seuls les représentants du Movimiento al Socialismo, le parti de Evo Morales, étaient présents, les autres ne s’étant point déplacés de manière à manifester leur opposition (plutôt que de discuter ? C’est une plénières, come on !).
La Glorieta à la particularité d’être située aux limites de la ville, juste derrière le collège militaire, juste derrière les bases de l’armée à Chuquisaca. Cette particularité géographique semble avoir eu des conséquences désastreuses hier. En effet, ce sont les militaires qui ont défendu la Glorieta, qui l’on défendu sans gaz, par les armes qu’ils possèdent. À feu, les armes.
Le conflit prend plus que jamais pour moi une tournure absurde. Déjà, je ne comprenais pas comment une idée comme celle de la capitalia pouvait mobiliser les foules, je saisissais encore moins comment, pour une telle idée, on pouvait en venir à la violence, mais là, être prêt à mourir pour cela ? Ça me dépasse complètement. Et les réactions sont atroces. Les gens ici mélangent vraiment tout, allant jusqu’à blâmer directement le président pour le(s) assassinat(s). Les journaux s’en mêlent bien sur, tout dégénère. Pendant ce temps, hier soir, les représentants du MAS présents à la Glorieta ont voté en faveur de la constitution. Les gens s’indignent de la manœuvre, la jugeant illégale, mais le fait est qu’il s’agit d’un vote aux deux tiers, et que le MAS possède cette majorité. On peut douter de la démocratie d’un tel processus, mais pas de sa légalité…
Hier soir, les manifestants sont venus pleurer leurs morts dans le sang de la Plaza. De nouveaux affrontements ont pris place opposants les contestataires à la police et ce jusqu’aux alentours de six ou sept heure du matin. C’est ce que je suppose, étant aller me coucher pour des raisons de protection de mon intégrité physique vers cinq heures du matin. La tension se fait plus vive, la violence s’accroît et malgré l’immortalité que ma jeunesse me confère, je m’aperçois que je n’ai vraiment pas ma place au milieu de ce conflit, pas plus qu’en périphérie d’ailleurs.
Je n’ai pas eu peur hier, pas comme j’avais pu avoir peur vendredi, mais je me rends compte aujourd’hui que je suis passé bien près de faire péter la yeule en sang. Il semble que pour certains, une caméra soi une arme beaucoup plus dangereuse qu’une pierre ou une matraque. Ma sociabilité m’aura sauvé, mais à ne sentir la peur qu’à rebours, à voir ce mécanisme de protection se déployer avec délai, je considère qu’il est désormais préférable pour moi de me tenir loin de l’action. Si les archives demeurent fermées lundi et mardi, Matt et moi quitterons Sucre pour La Paz. Les routes sont peu fréquentables, mais l’aéroport est pour sa part pleinement fonctionnel, nous prendrons donc l’avion.
J’ai vraiment peiné aujourd’hui pour trouver quelque chose d’ouvert. La chance m’a à nouveau sourit puisque l’endroit depuis lequel je vous écris à le double avantage d’être un resto possédant internet sans fil. Je suis gras dur. Il se peut cependant que je ne parvienne pas à vous écrire avant un petit bout, alors ne vous inquiétez pas, je redeviens sage.
P.S. En entrant dans le resto-bar-internet où je me trouve, quelle ne fût pas mon ironique surprise de voir que l’employé (propriétaire ?) était le même personnage qui hier vers les quatre heures du matin, souhaitait plus que quiconque opérer une chirurgie dentaire sur ma personne. Je crois qu’il y avait un peut trop d’alcool dans l’air hier… J’ai vu dans ses yeux qu’il me replaçait, j’ai souris. Sans être vraiment gentil, il est demeuré courtois.
La vie est drôle. Et je ne me relis pas, je suis fatigué.
No comments:
Post a Comment