Tuesday, January 8, 2008

Paysages

(rédigé le 7 janvier)

Je joue ma propre grande traversée une fois de plus. D’Est en Ouest cette fois. Je m’expose à nouveau à ces paysages infinis, dont les limites me sont intangibles, inintelligibles même. La germination de mon champ oculaire enchaîne répétitions sur nouveautés. Je mesure à peine les cieux les plus grands du monde que je me penche sur la terre pour embrasser la vie – intertexte. Je transmute ma locomotion dans mes songes tridimensionnels, dans mon regard d’oscillant virtuel – la vie est un rêve, c’est le réveil qui tue –, je me déplace somnambule.

Un couple d’obèses dort dans l’herbe, un trio d’Allemandes me donne le torticolis, on passe devant un centre de chirurgie vétérinaire, l’Argentine se couche devant moi comme une amante docile, et je souris. Encore.

Je n’aurai rien vu de Corrientes, simplement une ville de plus connue au détour de son terminal. Je n’en saurai probablement jamais rien de plus que la synchronie de mon passage et de la rougeur de son ciel. La plage de Corrientes s’efface doucement dans le calme aqueux d’un fleuve sans vague. Une série de palmiers garde-côtes l’habitent discrètement, sans ostentation, que la vigile sylvestre que les tropiques confèrent à l’endroit. De l’autre côté de la rive, suspendu comme un plafond en construction, l’écarlate de nuages en reflets du soleil. Acide sur le cuivre de ma rétine, l’image s’imprime en eau-forte de la beauté physico-chimique du ciel, du monde… Je ne connais pas Corrientes, pourtant, jamais je ne l’oublierai.

Puisqu’on baigne dans la beauté, il serait à propos de vous parler de mon passage à Iguazú. Mais j’ai peur de rendre démesurément jalouse ma sœur (j’ai pris plein de photos pour toi Estelle). Je vous passe le commentaire critique sur le fait de voyager avec Ana, pour me concentrer sur les beautés du parc national. Si on en exclue la chaleur, Iguazú c’est le bonheur. La parfaite conjonction des éléments avec lesquels je suis bien : eau et roches. Le lieu, en plus de servir de colonie à arcs-en-ciel, est une démonstration de plus de notre petitesse vis-à-vis de la nature. Il y a dans l’observation d’un rapide ou d’une chute quelque chose de fascinant, une continuité inaliénable conjuguée, pourtant, à un renouveau ininterrompu, une image fixe en constant mouvement. Iguazú, c’est, si l’on s’en donne le temps, l’hypnose à l’état pure. Iguazú est un amas d’oxymores. La peur du vide devant le plein, la puissance au cœur de la fragilité, la vie et la mort… sans blagues.

2 comments:

Фёдор said...

Je comprend plus trop t'es où, mais si tu comptes te refroidir en revenant ici, peut-être te trompes-tu. Ici il fait 8 degrés, demain 10. On crève sti. Deux jours de brouillard opaque, de Québec à Montréal. Jamais vu ça. Peut-être qu'à ton retour les palmiers auront poussé.

Unknown said...

1)Le brouillard ne s'arrête pas à Montréal (sti), il s'est rendu jusqu'à Ottawa...

2)Une chance que tu as parlé des cucarachas avant d'Igazu, ça me rend juste un peu moins triste de ne pas avoir poursuivi le voyage avec vous.

3)J'aime potiner fréro, qu'est-ce qui cloche avec voyager avec Ana?