Monday, December 24, 2007

Blogue de noël

Il n’y a pas de neige ! Pas de mains, pas de biscuits ; pas de neige, pas de noël. C’est difficile de reproduire le temps des fêtes ici. Ma première Navidad, premières fêtes hors Québec.

Estelle et moi avons quitté Bariloche, dixit le paradis du plein air, hier et sommes arrivé ce matin à Mendoza : nous noierons l’absence de cristaux aqueux dans l’abondance liquide des raisins fermentés…

Je me fais bref, car j’ai trop à raconter pour bien le faire. L’Argentine, m’est désormais très chère – elle m’est d’ailleurs très chère – et je l’embrasse du regard et de tout mes sens à chaque instant. La vie y est belle, sereine, comme dans la forêt des sapins verts, Cyril Rictus en moins. Je me fais succinct pour avoir de quoi vous raconter à mon retour.

Je vous souhaite un noyeux joël, même si je n’y crois pas vraiment. Disons plutôt que je profite du prétexte pour vous dire que je vous aime et que je vous embrasse très fort.

Ne soyez pas sage, à plus

Tuesday, December 18, 2007

Pataphysique

La lune avait le rôle d’une croix, le point à atteindre sur une ligne d’horizon invisible. De sa nuit vêtue, mon champ de vision ne pouvait distinguer que cette marque jaunâtre au loin, à demi aveugle, plongée dans le contraste des lignes qui défilent, des buissons qui s’égare dans le louchement des phares, et de ce néant qui partout l’étreint : Patagonie.

À mes côtés, ma sœur, paupières éteintes, qui lutte pour son droit au sommeil. Une merde qui s’achève, Denzel Washington qui s’en va vers la mort, le droit au repos pour un bus qui se défile. Et partout autour, depuis l’océan qui se cache dans la plaine, la déclinaison des bruns et des verts, géographie de steaks à venir, le plat, calme plat drapé de noir : pataphysique.

Nous sommes arrivé aujourd’hui – ou était-ce hier – à Puerto Madryn. Oui, je suis devenu un nous depuis maintenant quelques jours. Pas de ces nous qui sont nos quêtes de par les âges et les gènes, mais de ce nous filial, qui rompt les droits aux choix, force l’inconscient à l’amour. Ma sœur et moi nous sommes retrouvés à BsAs mercredi passé pour ce qui allait constituer une vingtaine de jours de retrouvaille, plus de temps ensemble qu’au cours de la dernière année entière. Beau moment. Beau décor.

Après quelques jours dans la capitale (que nous retrouverons d’ailleurs aux alentours de noël), nous avons quitté pour le Sud. Pour 20 $ dans le Sud ne nous aura point abandonné sous un fleuve, au milieu d’un tunnel, mais plutôt à Mar del Plata, touristique plage mafaldienne où nous fîmes escale pour que les vacances de mi hermanita puissent véritablement en porter le nom. Froide, la mer argentée. Froide et venteuse, mais souriante, en reflet de nous dans le charisme de son soleil. Après une petite journée à titiller le cancer de la peau et à mater les gonzesses, nous nous plongeâmes dans l’obscurité d’un voyage nocturne vers l’amorce de cette terre fantasmatique qu’est la Patagonie. L’amour des bêtes de ma sœur devrait nous mener d’excursions en excursions, puis, fautes de temps, dans l’hédonisme de nos vies, nous ne pourrons nous enfoncer dans les terres jusqu’aux froideurs du continent. Nous bifurquerons plutôt vers l’Occident, question de goûter de la montagne… Nous verrons bien.

En vrac :

Che ne chais pas che que ch’est exchactement, mais ch’ai de la michère en ochtie avec l’achent archentin…

Je crois avoir manger plus de viande rouge depuis mon arriver en Argentine qu’au cours de ma vie adulte en entière. Mon taux de fer doit être si élevé que j’ai peur de faire sonner le détecteur lors de mon prochain passage à l’aéroport.

J’ai essayé de faire changer la date de mon retour pour revenir plus taux. Mes finances s’apprêtent à souffrir, mais j’ai surtout une astronomique somme de travail à faire dès mon retour. Mais je n’ai pas réussi, pas de places disponibles… et vous me manquez… tu me manques.

Aux cocos du Manoir, j’ai envoyé depuis BsAs trois paquets contenant des photocopies et des livres. C’est deux mois et demi de travail. C’est tout mon mémoire (moins la partie que j’ai à écrire). Pas que ça me stress vraiment, mais si l’un d’entre vous pouvait m’écrire pour me dire qu’ils sont arrivés, quand ils seront arrivés, ça me ferait plaisir.

Au cas où j’oubli pour une nième fois de le faire de manière plus individuelle, bonne fête François, Amélie, Caro et Steven, malgré la formalité, ne vieillissez pas trop. Je vous aime.

Abrazos

Friday, December 7, 2007

Bienvenue en dithyrambie

Connaissez vous le verbe wower ? L’art de s’émerveiller devant tout ce qui nous entoure. Depuis mon arriver ici, je ne fais que ça, wower.

Malgré tous mes bons efforts, je ne suis quand même pas à la hauteur. C’est que BsAs, elle est à la mode. Alors je pense de plus en plus à me couper les cheveux, me faire un pad, un mohawk, quelque chose, à flamber tout mon argent sur du Gucci ou du Hugo Boss. Il me faut du camouflage. Quoi que l’ostentation gringoique est ici beaucoup moins exacerbée. Pour peu, je pourrais passer pour un Argentin, ou un Italien, ce qui revient pas mal au même. Un sympathique George rencontré à Santa Cruz décrivait l’accent argentin comme le désir de parler espagnol avec un accent italien. Il faut que je m’adapte. Quoique j’ai l’impression que les Porteños ne sont pas les Argentins… Si j’ai vu Chavez ? Ah, la chave ! ben oui, elle est dans la porte…

Mais faisons tout de suite un aparté. Aparté sur demande. Le départ n’a pas été difficile comme il aurait du l’être. La tristesse, la dureté du départ fût atténuée par l’urgence de partir, par le désir si grand de foutre le camp de ce pays. Mais s’il y a tant d’amitiés de voyage – surtout entre hommes – qui se laissent sur une poignée de mains, rares, je crois, sont celles qui s’évanouissent dans la sincérité d’une étreinte prolongée. On s’est promis Matt et moi de garder le contact. Je l’espère bien…

Blocs épars :

Qu’est-ce que le cosmopolitisme ? Retrouver un graffiti écrit en basque dans les toilettes de l’aéroport d’Ascuncion…

Qu’est-ce que le dépaysement ? Dégouliner de bonheur et de sueur sous les 33 degrés des rues de BsAs et de lire dans la fenêtre d’un commerce : felices fiestas. Ah, tiens, c’est vrai…

Je serais bien parti pour péter mon budget, mais, bien organisé comme je suis, je n’ai pas pris de chance… je n’ai pas fait de budget.

Je parlais, il me semble, dans mon dernier message, des plaisirs sensuels. Quels plaisirs que de manger, boire du vrai café, prendre une douche chaude avec, oui, oui, avec de la pression, boire un apéro sur une terrasse et, bien sur, regarder (juste un petit peu) les filles. Ouch, ayoye, arrêtez, il y en a trop. Oui, je sors d’un deux mois et demi passé dans les montagnes boliviennes. Le contraste et saisissant.

Je me ferai plus loquace quant aux splendeurs de cette ville dans un autre message, il semble que les mots me manquent tant je suis heureux d’être ici. À bientôt.

Wednesday, December 5, 2007

BsAs (via Santa Cruz de la Sierra)

Je regarde au loin et je ne vois rien. Où suis-je sur cette ligne d’horizon qui se défile dans l’infini de sa distance ? Qui suis-je à même cette absence de montagnes régissant mon paysage ? Je débarque dans une Bolivie que je ne connais pas du tout et qui à mon premier pas extérieur m’attaque de ses 27 degrés Celsius et du 100 % d’humidité qui l’accompagne. Et je me répète, mais où sont mes montagnes ?

Au risque de me répéter, le climat ici est vraiment tropical, trop pical en fait. J’en suis, la nuit, à la limite de l’attaque de panique tant l’humidité altère ma capacité à respirer. Il faut que je me sauve… et c’est ce que je fais.

La Bolivie étant fidèle à elle-même, elle me poursuit jusqu’à la fin. Bloqueos dans le département de Santa Cruz : bye bye trains, bye bye bus. Ce n’est pas vrai que je reste une seconde de plus dans ce pays fous. Aéroport, j’arrive.

Mes sacs se sont multipliés, ils ont pris du poids. À défaut d’avoir accru mon savoir, j’aurai accru les possibilités matérielles de voir éventuellement augmenter ce dernier. En plus des environ 4 kilos de photocopies (je n’exagère même pas), je rapporte une dizaines de livres (on parle ici de lecture). Après un réalignement stratégique de mes bagages visant à ne pas payer de pénalité d’excès de poids, après également un délai d’environ trois heures dû au mauvais temps (ils me poursuivent jusqu’aux avions…), après, finalement, une halte dans le ciel rougeoyant de pourpre et de bleu d’Ascuncion, BsAs, me voici !

Étant un peu en avance sur mes propres plans, je n’ai pas de guide de voyage, pas de réservations, aucune foutu idée de ce que représente cette entité mythique qu’est Buenos Aires, j’arrive à onze le soir, claqué de mon pas de sommeil de Santa Cruz, etc. Je m’enligne sur une première soirée dispendieuse… Après m’être fait fourrer pour le taxi – quoi que je sois tombé sur le chauffeur le plus extraordinairement cultivé et divertissant du monde. Oui, oui, du monde. Je me trouve une chambre crado (vraiment crado, il ne manquent que les insectes) au triple du prix que je payais à Sucre, mais je m’en fous. Amis, si vous saviez comme je m’en fous. Je suis à BsAs, le Paris du Sud. Un royaume des sens en comparaison de ce que j’ai pu connaître dans les deux derniers moi et demi. Et je suis en vacances, enfin (bon, j’ai un peu de travail à faire en attendant p’tite sœur, mais ce sont des pacotilles).

Je vous parle de la ville un peu plus tard. Je la découvre d’abord.