Sunday, September 30, 2007

Un dimanche à Sucre

Piscine


Première chose qui n’en intéressera pas un grand nombre, mais bon :

N. Backstrom
A. Kopitar
K. Huselius
M. Afinogenov
M. Straka
V. Lecavalier
Vi. Kozlov
M. Hjduk
A.Hemsky

K. Bieska
M-A. Bergeron
P. Ranger
C. Murphy
M. Zidlicky

E. Nabokov
C. Mason

Nashville

Je ne sais pas vous, mais moi je trouve que ça sent la coupe...


J’ai découvert, disons redécouvert sous une nouvelle forme, ce qu’était l’abus. Après avoir passé 6 heures et demie devant mon ordi (les progrès de la technologie qu me permettent en direct de Sucre de participer à la sélection de mon pool de hockey ont également pour conséquence de générer certaines interrogations sur le non sens de ma vie...), sans avoir manger de la journée, je me suis levé dans une sorte d’étourdissement carnavalesque. Étourdissement dû à la faiblesse de mon corps, carnavalesque, car pour faire changement, il y avait fête dans les rues de Sucre...

Naïveté culturelle

J’ai trouvé un splendide petit café qui donne sur la Plaza de 25 de Mayo, la place centrale de Sucre. (Je fais une parenthèse à l’instant pour constater que c’est L. Cohen qui joue, je suis ému) La Plaza de 25 de Mayo est majestueuse, décrivant un quadrilatère d’une bonne quarantaine de mètres carrés, elle se déploie dans une végétation inattendue, se déclinant en plusieurs variétés sylvestres. Ses multiples bancs offrent une quiétude inopinée pour le centre d’une ville latino américaine. Sa faune est hétéroclite, mais toujours paisible…

Je découvre vraiment une autre Bolivie à Sucre. Non pas une Bolivie que je préfère, mais très certainement une Bolivie à même laquelle je suis plus à l’aise. Une ville beaucoup plus métisse, exemple probant de la géographie raciale du pays (j’ose à peine imaginer la blancheur de Santa Cruz). Je constate avec candeur que ce qui me rend intéressante la Bolivie d’un point de vue « théorique », disons intellectuel (son histoire, sa politique, sa dynamique sociale), est également ce qui me la rend inaccessible, intangible dans le concret.
En sortant de La Paz et en descendant vers des hauteurs plus respirables, je suis davantage apte à percevoir ce que l’on pourrait nommer un « choc civilisationnel ». Les traits culturels distinctifs demeurent quasi ostentatoires à Sucre, mais ça demeurent à des kilomètres de la réalité des Paceños, elle-même très loin de celle de El Alto, et je ne parle même pas des campesinos de l’altiplano. Je me sens très naïf avec cette présente ouverture de mes yeux… on y reviendra sans doute.

Le dimanche à Sucre la ville se repose. Si j’en crois mon Lonely Planet, les gens vont à la campagne. Les commerces sont fermés, les rues désertes. J’en profite pour écrire.


Hégémonie\Régime honni

On dirait que plus je vois de blockbusters, plus je suis impressionné, ébahi, épaté par la qualité de l’objet. Je parle en terme d’appareil idéologique (au sens d’une sommation d’idées conjuguées de manière à exercer le pouvoir). Je pense sincèrement que ça dépasse la simple propagande (que l’on pourrait vulgairement résumé comme une forme de marketing politique). C’est que l’objet, en l’occurrence le film, est à la fois un véhicule (et ma foi atrocement efficace, insidieux) de la pensée, de l’idéologie en question, mais également sa concrétisation. Sa concrétisation dans la mesure où le spectateur se soumet de son plein gré au message. Non seulement le fait-il de manière volontaire, mais de surcroît, il paye pour se soumettre à l’image.
Et puisqu’il est question d’image (je fais une petite parenthèse pour dire qu’à la suite de Cohen, c’est E. piaf qui embarque, il y a quelque chose qui cloche, où est mon dépaysement), c’est elle qui domine dans cette machine frôlant désormais la perfection. Bon, je vous situe à l’aide d’un exemple. Je suis aller voir TRANSFORMERSTD hier. Je sais, je sais. Je me disais qu’un film du genre ne comporterait pas de dialogues trop complexes, contexte idéal à la pratique de mon espagnol auditif (qui est clairement celui qui traîne de la patte). Non seulement ce film dépasse de loin le placement de produits et s’avère une véritable pub pour Mac, Panasonic, et surtout, wow, General Motors (je veux un pick up (l’association Cast Away et FedEx peut presque aller se rhabiller, ah, tiens, c’est Steven Spielberg qui produits les deux films…)), mais c’est surtout un chef d’œuvre technique. Et là je ne parle pas des effets spéciaux, aussi grandiose soient-ils (si le centième du budget alloué à ce genre de film allait au cinéma d’auteur, nous serions choyé), je parle des aspects techniques du film : cadrage, jeu de caméras, éclairages, musique, montage.
Les émotions à ressentir sont dictées par la musique et l’intensité lumineuse, les moments clés s’enfilent en une succession de reaction shots avec ici et là une caméra furtive, des flous et des ralentis appuyés pour palier au jeu des comédiens, alors que le montage, directement calqué sur le vidéo clip, comble via une intensité et un enchaînement à peine soutenable, un récit qui sans cela n’aurait ni queue ni tête (qu’est-ce que les Marines (oui, oui, encore eux) et les TRANSFORMERSTD foutent au Qatar ?). Le film n’a même pas besoin de dialogues, et je ne le dis pas avec mépris, mais avec une certaine admiration béate. Alors que bien souvent dans le cinéma muet, la qualité des acteurs, qui se devaient de sur jouer pour palier à l’absence d’effets, faisait ou tuait le film, ici, les acteurs ne sont qu’une image de plus. En autant que les caractéristiques physiques s’ajustent aux stéréotypes propres au personnage, l’acteur à tout le luxe de jouir de sa médiocrité ou à tout le moins, de la non exploitation de son talent. L’appareil et joue pour lui. Et ce qu’il y a de plus triste, pour ne pas dire épeurant, c’est qu’il s’agit d’une formule, et par conséquent, elle est reproductible.

L’art de se défiler

Hier soir, il y avait un défilé sur la calle Arce, une des rues principale de Sucre. Je dis défilé sans trop savoir ce que c’est qu’un défilé. Il y avait de la musique et divers groupes chorégraphiés qui dansaient. C’était vraiment beau de les voir aller, non pas tant par le spectacle qu’ils offraient, mais par l’atmosphère festive qui s’en dégageait, par le plaisir évident des participants et des spectateurs. Ce que j’aime le plus dans ces représentations, c’est qu’elles sont purement gratuites. Gratuites parce qu’elles se produisent sans raisons précises, pour aucune occasion particulière (bon, c’était peut-être la fête d’un Saint-X, mais avec autant de saints qu’il y a de lettres dans les alphabets latins, grecs, cyrilique et chinois, je considère que ça perd un peu de son sens et que l’on fête, d’abord et avant tout, pour la fête). Et les gens s’enivrent, et la fête continue, et la musique perd de son rythme, mais l’on joue et danse encore, jusque dans la nuit. Sans violence, sans abus, avec pour seul mauvais souvenir l’odeur d’urine qui persiste dans les rues le lendemain matin.

Michel, pour intimes

Foucault expliqué par Deleuze :

« Qu’est-ce que le pouvoir ? La définition de Foucault semble très simple, le pouvoir est un rapport de forces, ou plutôt tout rapport de forces est un “rapport de pouvoir”. Comprenons d’abord que le pouvoir n’est pas une forme, par exemple la forme-État ; et que le rapport de pouvoir n’est pas entre deux formes, comme le savoir. En second lieu, la force n’est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d’être en rapport avec d’autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c’est-à-dire pouvoir : la force n’a pas d’autre objet ni sujet que la force. On n’y verra pas un retour au droit naturel, parce que le droit pour son compte est une forme d’expression, la Nature une forme de visibilité, et la violence un concomitant ou un conséquent de la force, mais non un constituant. Foucault est plus proche de Nietzsche (et de Marx aussi), pour qui le rapport de forces excède singulièrement la violence, et ne peut se définir par elle. C’est que la violence porte sur des corps, des objets ou des êtres déterminés dont elle détruit ou change la forme, tandis que la force n’a pas d’autre objet que d’autres forces, pas d’autre être que le rapport : c’est “une action sur l’action, sur des actions éventuelles, ou actuelles, futures ou présentes ”, c’est “un ensemble d’actions sur des actions possibles”. On peut donc concevoir une liste, nécessairement ouverte, de variables exprimant un rapport de forces ou de pouvoir, constituant des actions sur des actions : inciter, insuire, détourner, rendre facile ou difficile, élargir ou limiter, rendre plus ou moins probable… Telles sont les catégories de pouvoir.»

Gilles Deleuze, Foucault, Les Éditions de minuit, Paris, 2004 [1986], p. 77.

Coudonc, c’tu moi qui’é épais ? Je pense que je vais le relire.

« Qu’est-ce que le pouvoir ? La définition de Foucault semble très simple, le pouvoir est un rapport de forces, ou plutôt tout rapport de forces est un “rapport de pouvoir”. Comprenons d’abord que le pouvoir n’est pas une forme, par exemple la forme-État ; et que le rapport de pouvoir n’est pas entre deux formes, comme le savoir. En second lieu, la force n’est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d’être en rapport avec d’autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c’est-à-dire pouvoir : la force n’a pas d’autre objet ni sujet que la force. On n’y verra pas un retour au droit naturel, parce que le droit pour son compte est une forme d’expression, la Nature une forme de visibilité, et la violence un concomitant ou un conséquent de la force, mais non un constituant. Foucault est plus proche de Nietzsche (et de Marx aussi), pour qui le rapport de forces excède singulièrement la violence, et ne peut se définir par elle. C’est que la violence porte sur des corps, des objets ou des êtres déterminés dont elle détruit ou change la forme, tandis que la force n’a pas d’autre objet que d’autres forces, pas d’autre être que le rapport : c’est “une action sur l’action, sur des actions éventuelles, ou actuelles, futures ou présentes ”, c’est “un ensemble d’actions sur des actions possibles”. On peut donc concevoir une liste, nécessairement ouverte, de variables exprimant un rapport de forces ou de pouvoir, constituant des actions sur des actions : inciter, insuire, détourner, rendre facile ou difficile, élargir ou limiter, rendre plus ou moins probable… Telles sont les catégories de pouvoir.»

Ben oui, Nietzsche (et Marx)… tout est maintenant clair !

Friday, September 28, 2007

Et moi là-dedans...

Câlisse (je n’avait pas encore sacré sur ce blog, soyez indulgents) ! Je suis encore malade. Hier, je ne me sentais pas trop bien, un peu croche, sans plus. Le soir venu, au court de la deuxième demie plus précisément, j’ai commencé à avoir mal partout, à être frissonnant. J’ai fait de la fièvre toute la nuit. Fièvre grâce à laquelle j’ai eu droit à une série atroce de rêves et de cauchemars, puisant de lointains personnages aux confins de mon inconscient (j’ai revu des gens de mon primaire, Fabienne Hardy, les parents à Antoine, du monde d’histoire de Sherbrooke !?!?). Mais bon, la vitamine I continue à être l’une de mes meilleures amies, et ses deux comprimés au quatre heures m’ont permis de dormir une nuit somme toute réparatrice. Je me sens encore fiévreux, mais au moins, après test, l’intégrité de mon système digestif ne semble pas altérée. Là je vous laisse, car je dois aller m’occuper de mon pool…

Je vous embrasse tous.

Universitario vs Blooming

(Il importe, pour une expérience intégrale, de lire ce qui suit avec un accent français. Notez que les noms des joueurs sont inventés pour plus de réalisme)

Accueillie au stade de la patrie San Francisco Xavier de Chusiquaya sous les sifflets de la foule, à la manière des trois officiels qui les précédèrent, l’équipe bleu et blanche de Santa Cruz semblait d’emblée intimidée. Alignant un puéril 4-5-1, elle concédait d’entrée de jeu le rôle offensif à l’Universitario disposé en un 3-2-3-2 cher à ses supporters. Partisans venus par milliers, et disposer aux quatre coins de l’enceinte, à la manière de ce condenser des lumières de la ville visible au loin sur les collines surplombant le stade. C’est sous cette lumineuse présence et sous le regard de cette bienveillante pleine lune d’oranger vêtue, que le coup d’envoie officielle fût donné.

D’entrée de jeu, l’équipe de Sucre pris le contrôle du milieu, avec un Quispe des grands soirs, en pleine possession de ses moyens. Le dynamique numéro 10, tenant les spectateurs sur le bout de leur siège grâce à ses fluides touches de balle, attirant l’attention de tout le milieu adverse, libérait les flancs pour les percées rapides de ses coéquipiers Vargas, et surtout Mamami, en total domination de l’aile droite. La grosse cylindrée des Azulnaranja perforait ainsi, à la manière de gigantesques pistons, les positions latérales du pauvre Blooming. L’équipe de Santa Cruz, gloire déchue des oligarques du gaz, ne pouvait que subir les actions adverses, ne devant une limitation des dégâts qu’à la solide paire Albó-Rodríguez, intraitable au centre, en parfait contrôle du jeu aérien. Les seuls espoirs des visiteurs reposaient alors sur les contre-attaques lancées sous forme de longues balles vers Mesa, leur rapide attaquant de pointe. La défense des locaux, à l’exception d’une faute grossière du capitaine Moralez qui le voyait sanctionné d’un jaune dès la sixième minute, s’avérait cependant intraitable. Dirigeant sa ligne de main de maître, Moralez jouait systématiquement le hors-jeu, si bien que Mesa se trouva hors position à sept reprises en première demie seulement, tuant dans l’œuf toute menace possible.
Dès la demi-heure de jeu Cardozo, l’entraîneur du Blooming, tentait un redressement du milieu, faisant entrer Pachi en récupérateur à la place de l’axiale Rojas. Espérant contrer Quispe et désormais Castellón en éveille, la stratégie ne portait pas fruit. Les meilleures chances des receveurs survenant d’ailleurs de Quispe sur coup franc direct (34), puis, sur la même séquence, de Castellón qui dégomma sa frappe sur la barre alors que Zenteno, le puissant attaquant, dévissait à la réception un boulet hors cadre (42). Malgré sa domination, l’équipe locale rentrait au vestiaire avec tout encore à faire, victime de son manque criant de réalisme.

À la reprise, un léger manque de rythme se fit sentir. Une légère fatigue de part et d’autre, sans pour autant voir diminuer l’intensité, résultait en une série d’actions décalées, en une série d’imprécisions chroniques qui vit Sánchez, l’arbitre en chef, distribuer pas moins de neuf cartons jaunes en deuxième demie. Le jeu se ressaisit vers la 60e minute, et l’on vit alors les deux chances les plus franches du Blooming. D’abord sur coup franc de Saucedo, arrêté sur la ligne par un Maldonado en parfait contrôle de son espace (61), puis une frappe sèche de Mesa, des trente mètres à raz le sol qui passait tout juste à la droite du gardien, léchant le poteau (66). Le reste de la partie allait cependant revenir à l’Universitario. À la 71e minute, Moralez, profitant d’un revirement dans sa surface de réparation, lançait Quispe dans l’axe. Utilisant sa vitesse pour battre le milieu adverse, il enchaîna dans l’aile sur Llanos entré à la place de Mamami cinq minutes plus tôt. L’action étant si rapide que la défensive blanche et bleue oubliait le dangereux Zenteno (Pichini du championnat avec 9 réalisations) à l’entrée de la surface. Celui-ci n’avait alors aucun mal à rediriger le centre de Llanos derrière Da Silva, d’une superbe reprise de volée en ciseaux. 1-0 Universitario. L’équipe de Sucre allait obtenir encore quelques bonnes chances malgré une réduction à 10 suite à l’exclusion de Campos sur deuxième carton jaune, pour une faute imaginaire sifflée par l‘arbitre (80). Le score allait demeurer ainsi, avec une équipe de Blooming pouvant se compter chanceuse que les attaquants adverses n’ait su concrétiser davantage leurs chances. Un peu de tension et d’aggresivité de la part des joueurs du Blooming à l’endroit de l’arbitre vit une intervention rapide des policiers se réaliser, si bien que le match se terminant somme toute dans le calme.

Je m’excuse pour le court résumer qui paraîtra une longue série d’inepties pour les non initiés. Si je m’étends autant dans le descriptif, c’est que Yannick m’a reproché de ne pas écrire assez, alors je vous gave. D’un point de vue plus personnel, je dirais que l’expérience fût fort agréable. Je situerai le calibre entre celui de la MLS et de la USL (entre la première et la deuxième division de soccer nord-américaine, l’Impact jouant dans la deuxième, Beckham dans la première). Je crois néanmoins, pour des questions d’ordre géographique que les meilleures équipes de la Liga del Fútbol profesional Boliviano (The Strongest, La Paz FC, Real Potosí, etc. Jouant toutes à plus de 3600 mètres, 4100 pour Potosí), battraient à domicile la plupart des équipes de la MLS. Il ne faut pas oublier que la Bolivie (somme toute petit pays, 8 millions d’habitants) doit d’abord et avant tout son piètre classement FIFA au fait qu’elle joue la majorité de ses matchs contre des équipes comme l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay ou encore le Chili et la Colombie.

Thursday, September 27, 2007

Intellectualisme primaire

Je crois que j’avais besoin de cet isolement pour réactiver ma consistance intellectuelle. Isolement certes, mais également cette quiétude liée à la stabilité d’un chez-moi à modeler. Je me sens bien dans mon coqueron. Encore plus qu’apte, je me sens le désir de lire, écrire, étudier. Cette première journée, toute en contraste avec la réalité de mes quatre premiers jours de voyages, me rassure énormément et, par la joie paisible qu’elle me procure, me fait enfin apprécier mon départ.
De petites pointes de nostalgie m’attaquent parfois au ventre, mais elles ne stimulent plus les regrets précédents. Elles me confortent plutôt dans l’idée que je me fais d’exister, d’être comme je suis.

Continuez de m’écrire, c’est un cadeau à chaque fois que de vous lire.

Claude Lévi-Strauss (pour Claude)

Je suis en train de lire Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss. Sans être en accord avec la somme des prémices pratiques et philosophiques mise en place par l’auteur (l’œuvre date quand même un peu), j’admets, ne serait-ce que pour la plume à la fois lyrique et ultra tranchante de l’auteur, que c’est une lecture qui me plaît énormément.

Je cite deux passages, mais c’est surtout pour Claude, pour te tenter. Je crois que c’est une lecture que tu apprécierais énormément, te rassurant sur certaines de tes positions intellectuelles, tout en te défiant dans certains de tes attachements philosophiques :

« À la suite de Rousseau, et sous une forme qui me paraît décisive, Marx a enseigné que la science sociale ne se bâtit pas plus sur le plan des événements que la physique à partir des données de la sensibilité : le but est de construire un modèle, d’étudier ses propriétés et les différentes manières dont il réagit au laboratoire, pour appliquer ensuite ces observations à l’interprétation de ce qui se passe et qui peu être fort éloigné des prévisions.
À un niveau différent de la réalité, le marxisme me semblait procéder de la même façon que la géologie et que la psychanalyse entendue au sens que lui avait donné son fondateur : tous trois démontrent que comprendre consiste à réduire un type de réalité à un autre; et que la nature du vrai transparaît déjà dans le soin qu’il met à se dérober. Dans tous les cas, le même problème se pose, qui est celui du rapport entre le sensible et le rationnel et le but cherché est le même : une sorte de super-rationnalisme, visant à intégrer le premier au second sans rien sacrifier de ses propriétés.

[…]

Quant au mouvement de pensée qui allait s’épanouir dans l’existentialisme, il me semblait être le contraire d’une réflexion légitime en raison de la complaisance qu’il manifeste envers les illusions de la subjectivité. Cette promotion des préoccupations personnelles à la dignité des problèmes philosophiques risque trop d’aboutir à une sorte de métaphysique pour midinette, excusable au titre de procédé didactique, mais fort dangereuse si elle doit permettre de tergiverser avec cette mission dévolue à la philosophie jusqu’à ce que la science soit assez forte pour la remplacer, qui est de comprendre l’être par rapport à lui-même et non point par rapport à moi. Au lieu d’abolir la métaphysique, la phénoménologie et l’existentialisme introduisaient deux méthodes pour lui trouver des alibis. »

Pages 60-61.

Divertissant, non ?

Wednesday, September 26, 2007

Sweet !

Le soleil délicatement accentue les abysses déshydratés de mes lèvres tandis que le vent joue la main d’une amante dans mes cheveux. Posté à mon ordinateur, c’est du toi de mon logement que je vous écris. Ma chambre donne sur la terrasse qui m’offre en guise de bienvenue une Sucre panoramique qui m’éblouie en toits de céramique. D’emblée, la capitale constitutionnelle de la Bolivie me fait penser à la ville blanche du Pérou, Arequipa. En d’autres mots, ici, c’est l’Espagne, avec des Indiens en prime et au quart du prix, si ce n’est pas moins.

Je suis heureux. Je suis bien.

Ma chambre est petite, minuscule disons, le cul d’un drosophile pour être exacte, mais je m’en balance. Le lit est confortable ; bien que collective, il n’y a que moi qui utilise la salle de bain ; il y a la terrasse et une cuisine toute équipée que je partage avec un couple d’Allemands ariens qui semble fort sympathique. Ah oui, pour l’information, ça me coûte 135 $ pour le mois (4,50 $ la nuit.). Oh, également, je suis à cinq lentes minutes des archives…

C’est ridicule.

Et je ne vous ai pas encore dit à quel point Sucre est belle. Je me laisse la découvrir davantage avant de vous faire saliver.

Quand même, en vitesse comme ça, dans un rayons de un kilomètre je dirais, il y a au moins 5 ou 6 théâtres, deux cinémas, j’ai compté trois bibliothèques ou centre culturels qui diffusent des films d’art ou des documentaires, il y a les archives, l’université, le stade où joue l’Universitario, club de foot de la première division bolivienne, je ne sais combien de musées (qui ne semblent pas être des attrapes touristes), à peu près douze milliards de restaurants et café, et même de nombreuses jolies autochtones (j’en ai comptée plusieurs avec des Dash… Nostalgie)…

Je suis heureux.


P.S. Super le feotus de llama, je suis maintenant en pleine forme.

L'aventure, c'est l'aventure

Après la désespérante attente habituelle, ponctuée de ses « vamos » scandés en chœur, le bus quitta finalement en direction de Sucre, à peine une petite heure et demie en retard. La nuit était belle. Un paysage hybride, mi-désert mi-montagne, s’estompe dans l’absence du jour et des lumières de la ville. Notre parcours prend vie dans les phares du bus en un Lost Highway de lignes défilantes. Des lieux mythiques s’arrogent une matérialité, stigmatisant la route de leurs noms. Oruro Cochabamba, Potosí, ces villes que je ne connais que dans la littérature, que dans l’écriture de leur histoire, naissent au détour de panneaux de signalisation. Quoi de plus concret qu’une pancarte routière.
La nuit est belle. J’imagine Sucre, je m'y projette ; vous êtes dans ma tête, je vous caresse d’une pensée. Je suis bien, tant que je parviens à m’assoupir.

Bouche ouverte, filet de bave dans la soif craquelée de mes lèvres : milieu de nulle part.

Pour ceux qu s’en souvienne, oui je croyais avoir trouvé, en fait j’avais déclaré le milieu de nulle part à mi-chemin sur la route menant de Cusco vers Puno. Erreur. Le milieu de nulle part se trouve au deux tiers de la distance séparant Potosí de Oruro et porte le nom de Crucero.

La route, dans sa sinuosité langoureuse, lacère en douceur ce petit morceau de plaine égaré au hasard d’une ceinture montagneuse. Dehors, silence et tranquillité, il n’y a que la lumière de la lune pour seule béquille visuelle, me permettant de voir jusqu’au pics enneigés qui servent de limites à la scène : Crucero. Et elle est belle la scène. Et je l’observe longtemps, car la route est bloquée. Mon somnambulesque espagnol de deux heures du matin m’indique que des différents frontaliers entre municipalité poussent certains activistes aymaresquement vêtus aux désormais classiques moyens de pressions. En vérité, je crois simplement que le bruit est passé que cette fois j’avais réussi à entrer en Bolivie et qu’il fallait donc freiner ma route ailleurs.

Il faut dormir là, sur place. On verra demain matin.

Tiens, il pleut.

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Le temps passe, la dynamite saute, et nous… on stagne.

Neuf heures et 25 bolivianos plus tard, on s’enligne vers un 20 heures de bus de plus. Direction Cochabamba, puis, je l’espère Sucre.

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La Paz-Sucre : 36 heures, nouveau record. Je vous raconte plus tard.

Nouveau départ

Il pleut (encore). J’ai mis des souliers.
J’ai fini de lire Baricco. Il m’a eu.

Salaud.

J’ai en ce moment le cœur gros comme l’Amérique, le ventre d’une veille d’exposé oral, les yeux humides. J’écris tout croche. Ce qu’il y a avec cet auteur, ce n’est pas tant son propos, son récit ou son style (trop souvent trop), mais c’est son habilité à toucher à quelque chose d’authentique. Je sais, je viens de dire un gros mot, un mot de nus pieds qui mangent des patates crues.
Quand je le lis, je me retrouve dans tous les déchirements de mon être, et j’en viens à trouver ça beau.

Salaud, je disais.


Mon bus est dans deux heures…

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Il y a une énergie particulière au terminus de La Paz. La structure composée de surprenantes arches donne une certaine impression de grandeur, mais également de légèreté à l’endroit. Une certaine joie fébrile émane du lieu ou peut-être n’est-ce que mon excitation de quitter pour cette ville que l’on dit être l’une des plus belle d’Amérique latine, et l’une des plus progressiste de Bolivie.
J’admets que je me sentais étrangement étouffé à La Paz, l’idée de quitter pour une ville qui possède environ le septième de sa population est donc un plaisir en soi. L’idée de découvrir un nouveau lieu comble également ce goût du voyage qui ne pouvait que contraster avec la stagnation flasque que je commençais à sentir ici.

Besoin de changement.
Certains votent ADQ, moi je m’en vais à Sucre.

Sunday, September 23, 2007

La pluie s'est fait entendre une bonne partie de la nuit.
Ma nuit fièvreuse d'humides frissons.
J'ai passé deux mois et demi à La Plaz et il ne plu qu'une fois. Je me souviens du son mélancolique des gouttes sur la tôle alors que Ferré coulait dans mes oreilles... Il ne plu qu'une fois et voilà que cet après-midi les nuages se saturent et que La Paz s'assombrie dans son humidité. C'est la premiére fois que je la vois pleurer cette ville. Comme si le chagrin des hommes trouvait son expression sous une bête forme météorologique. Elle se saigne La Paz quand elle pleut...

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Il est difficile voire impossible de confronter ses apprentissages à la réalité lorsque l'on étudie quelque chose d'abstrait comme l'histoire. Je suis cependant heureux de voir que certaines choses apprises à l'école trouvent des répercussions dans mon quotidien. Mon espagnol académique me confére un certain confort moral et pour la première fois je sens la réelle venue d'une troisième langue à ma bouche voyageuse (n'y voyez pas de double sens).

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Baricco me lèche les yeux à la vitesse du XXe siècle. Je ne sais pas encore s'il m'émeut comme il a déjà su le faire, mais cette histoire-là me divertie au rythme de ses voitures. Merci les cocos.

En bref :

Fudjimori est de retour au Pérou...

Plekanec marque trois buts ?!?
Adebayor aussi !

Cuba coule en flamme au milieu du lac Léman
et moi je m'apprête à descendre au fond des choses.

Sucre demain, 15 heures de routes... disons aprés-demain.

À bientôt.

Saturday, September 22, 2007

Lima/La Paz

Lima, 12h53 am, la moitié du chemin de fait, la moitié du chemin à faire. La pression dans mes oreilles est complétement désiquilibrée, tous les sons m'apparaissent feutrés, ce qui donne une étrange sensation d'irréalité à mon monde. David Lynch dans mon canal auditif.

Je suis déjà fatigué (merci Flash), j'ai le rhume, mais pourtant une petite joie, sous la forme d'un déjà vu, s'installe en moi. Sans m'en rendre compte, je me suis assied à l'endroit exact où j'attendais le même vol il y a environ 2 ans et demie de cela.

Flashback rassurant...

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Je suis maintenat à La Paz, je suis arrivé, agonique, vers les 14h30 aujourd'hui. J'aurais aimé être en forme (je n'avais pas dormis plus de 30 minutes consécutives depuis mon départ de Montréal, sans négliger le fait que je n'avais dormis que trois heures avant de partir ; de plus, mon rhume est à son peak (ce qui est tout de même positif, puisque je devrais aller mieux demain (c'est le début des parenthèses dans les parenthèses (oui, oui))) et combiné à l'altitude de l'altiplano boliviano-peruvien, je me sens vraiment dizzy(un morceau de robot à la personne qui trouve l'équivalent français exact)). J'ai donc dormis, je tente de m'hydrater le mieux possible, et je suppose que ça ira mieux demain.
Mais je disais, j'aurai aimé être davantage en forme. Ça m'a fait drôle de retrouver ces rues, cette ambiance schyzophrénique (ça s'écrit comment déjà) propre à ce gros marché public qu'est LaPaz et que je me remémord pas bribes stroboscopiques. Je me sens un peu chez moi.
Je me sens chez moi, mais ça ne m'empêchera pas de me rendre à Sucre dès aprés-demain. J'ai finalement beaucoup plus le goût de voyager que de travailler, c'est pourquoi je veux me lancer au plus vite dans mes trucs, question de me garder le plus de temps possible pour voir du continent.

Je vous réécris bientôt, dans une prose moins engourdie de fatigue et de maux de tête,

à plus,

Guillaume

P.S. Je pense que je vous aime beaucoup trop et que vous également vous m'aimez trop, je me sens un peu seul sans vous.

Wednesday, September 19, 2007

Vieux motard que j'aimais

Je pensais m'acheter un billet auprès des scalppers à l'aéroport, mais certains gens responsables de mon entourage ont jugé la chose peu fiable, j'ai donc pris mon chéquier à mon coup et m'achetai d'avance (oui, oui, d'avance) un billet.

Montreal-Toronto-Lima-Juliaca-Puno-La Paz...

Je pars vendredi.

Samedi je suis dans les montagnes. C'est là que l'histoire commence.