Piscine
Première chose qui n’en intéressera pas un grand nombre, mais bon :
N. Backstrom
A. Kopitar
K. Huselius
M. Afinogenov
M. Straka
V. Lecavalier
Vi. Kozlov
M. Hjduk
A.Hemsky
K. Bieska
M-A. Bergeron
P. Ranger
C. Murphy
M. Zidlicky
E. Nabokov
C. Mason
Nashville
J’ai découvert, disons redécouvert sous une nouvelle forme, ce qu’était l’abus. Après avoir passé 6 heures et demie devant mon ordi (les progrès de la technologie qu me permettent en direct de Sucre de participer à la sélection de mon pool de hockey ont également pour conséquence de générer certaines interrogations sur le non sens de ma vie...), sans avoir manger de la journée, je me suis levé dans une sorte d’étourdissement carnavalesque. Étourdissement dû à la faiblesse de mon corps, carnavalesque, car pour faire changement, il y avait fête dans les rues de Sucre...
Naïveté culturelle
J’ai trouvé un splendide petit café qui donne sur la Plaza de 25 de Mayo, la place centrale de Sucre. (Je fais une parenthèse à l’instant pour constater que c’est L. Cohen qui joue, je suis ému) La Plaza de 25 de Mayo est majestueuse, décrivant un quadrilatère d’une bonne quarantaine de mètres carrés, elle se déploie dans une végétation inattendue, se déclinant en plusieurs variétés sylvestres. Ses multiples bancs offrent une quiétude inopinée pour le centre d’une ville latino américaine. Sa faune est hétéroclite, mais toujours paisible…
Je découvre vraiment une autre Bolivie à Sucre. Non pas une Bolivie que je préfère, mais très certainement une Bolivie à même laquelle je suis plus à l’aise. Une ville beaucoup plus métisse, exemple probant de la géographie raciale du pays (j’ose à peine imaginer la blancheur de Santa Cruz). Je constate avec candeur que ce qui me rend intéressante la Bolivie d’un point de vue « théorique », disons intellectuel (son histoire, sa politique, sa dynamique sociale), est également ce qui me la rend inaccessible, intangible dans le concret.
En sortant de La Paz et en descendant vers des hauteurs plus respirables, je suis davantage apte à percevoir ce que l’on pourrait nommer un « choc civilisationnel ». Les traits culturels distinctifs demeurent quasi ostentatoires à Sucre, mais ça demeurent à des kilomètres de la réalité des Paceños, elle-même très loin de celle de El Alto, et je ne parle même pas des campesinos de l’altiplano. Je me sens très naïf avec cette présente ouverture de mes yeux… on y reviendra sans doute.
Le dimanche à Sucre la ville se repose. Si j’en crois mon Lonely Planet, les gens vont à la campagne. Les commerces sont fermés, les rues désertes. J’en profite pour écrire.
On dirait que plus je vois de blockbusters, plus je suis impressionné, ébahi, épaté par la qualité de l’objet. Je parle en terme d’appareil idéologique (au sens d’une sommation d’idées conjuguées de manière à exercer le pouvoir). Je pense sincèrement que ça dépasse la simple propagande (que l’on pourrait vulgairement résumé comme une forme de marketing politique). C’est que l’objet, en l’occurrence le film, est à la fois un véhicule (et ma foi atrocement efficace, insidieux) de la pensée, de l’idéologie en question, mais également sa concrétisation. Sa concrétisation dans la mesure où le spectateur se soumet de son plein gré au message. Non seulement le fait-il de manière volontaire, mais de surcroît, il paye pour se soumettre à l’image.
Et puisqu’il est question d’image (je fais une petite parenthèse pour dire qu’à la suite de Cohen, c’est E. piaf qui embarque, il y a quelque chose qui cloche, où est mon dépaysement), c’est elle qui domine dans cette machine frôlant désormais la perfection. Bon, je vous situe à l’aide d’un exemple. Je suis aller voir TRANSFORMERSTD hier. Je sais, je sais. Je me disais qu’un film du genre ne comporterait pas de dialogues trop complexes, contexte idéal à la pratique de mon espagnol auditif (qui est clairement celui qui traîne de la patte). Non seulement ce film dépasse de loin le placement de produits et s’avère une véritable pub pour Mac, Panasonic, et surtout, wow, General Motors (je veux un pick up (l’association Cast Away et FedEx peut presque aller se rhabiller, ah, tiens, c’est Steven Spielberg qui produits les deux films…)), mais c’est surtout un chef d’œuvre technique. Et là je ne parle pas des effets spéciaux, aussi grandiose soient-ils (si le centième du budget alloué à ce genre de film allait au cinéma d’auteur, nous serions choyé), je parle des aspects techniques du film : cadrage, jeu de caméras, éclairages, musique, montage.
Les émotions à ressentir sont dictées par la musique et l’intensité lumineuse, les moments clés s’enfilent en une succession de reaction shots avec ici et là une caméra furtive, des flous et des ralentis appuyés pour palier au jeu des comédiens, alors que le montage, directement calqué sur le vidéo clip, comble via une intensité et un enchaînement à peine soutenable, un récit qui sans cela n’aurait ni queue ni tête (qu’est-ce que les Marines (oui, oui, encore eux) et les TRANSFORMERSTD foutent au Qatar ?). Le film n’a même pas besoin de dialogues, et je ne le dis pas avec mépris, mais avec une certaine admiration béate. Alors que bien souvent dans le cinéma muet, la qualité des acteurs, qui se devaient de sur jouer pour palier à l’absence d’effets, faisait ou tuait le film, ici, les acteurs ne sont qu’une image de plus. En autant que les caractéristiques physiques s’ajustent aux stéréotypes propres au personnage, l’acteur à tout le luxe de jouir de sa médiocrité ou à tout le moins, de la non exploitation de son talent. L’appareil et joue pour lui. Et ce qu’il y a de plus triste, pour ne pas dire épeurant, c’est qu’il s’agit d’une formule, et par conséquent, elle est reproductible.
Hier soir, il y avait un défilé sur la calle Arce, une des rues principale de Sucre. Je dis défilé sans trop savoir ce que c’est qu’un défilé. Il y avait de la musique et divers groupes chorégraphiés qui dansaient. C’était vraiment beau de les voir aller, non pas tant par le spectacle qu’ils offraient, mais par l’atmosphère festive qui s’en dégageait, par le plaisir évident des participants et des spectateurs. Ce que j’aime le plus dans ces représentations, c’est qu’elles sont purement gratuites. Gratuites parce qu’elles se produisent sans raisons précises, pour aucune occasion particulière (bon, c’était peut-être la fête d’un Saint-X, mais avec autant de saints qu’il y a de lettres dans les alphabets latins, grecs, cyrilique et chinois, je considère que ça perd un peu de son sens et que l’on fête, d’abord et avant tout, pour la fête). Et les gens s’enivrent, et la fête continue, et la musique perd de son rythme, mais l’on joue et danse encore, jusque dans la nuit. Sans violence, sans abus, avec pour seul mauvais souvenir l’odeur d’urine qui persiste dans les rues le lendemain matin.
Michel, pour intimes
Foucault expliqué par Deleuze :
« Qu’est-ce que le pouvoir ? La définition de Foucault semble très simple, le pouvoir est un rapport de forces, ou plutôt tout rapport de forces est un “rapport de pouvoir”. Comprenons d’abord que le pouvoir n’est pas une forme, par exemple la forme-État ; et que le rapport de pouvoir n’est pas entre deux formes, comme le savoir. En second lieu, la force n’est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d’être en rapport avec d’autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c’est-à-dire pouvoir : la force n’a pas d’autre objet ni sujet que la force. On n’y verra pas un retour au droit naturel, parce que le droit pour son compte est une forme d’expression, la Nature une forme de visibilité, et la violence un concomitant ou un conséquent de la force, mais non un constituant. Foucault est plus proche de Nietzsche (et de Marx aussi), pour qui le rapport de forces excède singulièrement la violence, et ne peut se définir par elle. C’est que la violence porte sur des corps, des objets ou des êtres déterminés dont elle détruit ou change la forme, tandis que la force n’a pas d’autre objet que d’autres forces, pas d’autre être que le rapport : c’est “une action sur l’action, sur des actions éventuelles, ou actuelles, futures ou présentes ”, c’est “un ensemble d’actions sur des actions possibles”. On peut donc concevoir une liste, nécessairement ouverte, de variables exprimant un rapport de forces ou de pouvoir, constituant des actions sur des actions : inciter, insuire, détourner, rendre facile ou difficile, élargir ou limiter, rendre plus ou moins probable… Telles sont les catégories de pouvoir.»
Gilles Deleuze, Foucault, Les Éditions de minuit, Paris, 2004 [1986], p. 77.
Coudonc, c’tu moi qui’é épais ? Je pense que je vais le relire.
« Qu’est-ce que le pouvoir ? La définition de Foucault semble très simple, le pouvoir est un rapport de forces, ou plutôt tout rapport de forces est un “rapport de pouvoir”. Comprenons d’abord que le pouvoir n’est pas une forme, par exemple la forme-État ; et que le rapport de pouvoir n’est pas entre deux formes, comme le savoir. En second lieu, la force n’est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d’être en rapport avec d’autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c’est-à-dire pouvoir : la force n’a pas d’autre objet ni sujet que la force. On n’y verra pas un retour au droit naturel, parce que le droit pour son compte est une forme d’expression, la Nature une forme de visibilité, et la violence un concomitant ou un conséquent de la force, mais non un constituant. Foucault est plus proche de Nietzsche (et de Marx aussi), pour qui le rapport de forces excède singulièrement la violence, et ne peut se définir par elle. C’est que la violence porte sur des corps, des objets ou des êtres déterminés dont elle détruit ou change la forme, tandis que la force n’a pas d’autre objet que d’autres forces, pas d’autre être que le rapport : c’est “une action sur l’action, sur des actions éventuelles, ou actuelles, futures ou présentes ”, c’est “un ensemble d’actions sur des actions possibles”. On peut donc concevoir une liste, nécessairement ouverte, de variables exprimant un rapport de forces ou de pouvoir, constituant des actions sur des actions : inciter, insuire, détourner, rendre facile ou difficile, élargir ou limiter, rendre plus ou moins probable… Telles sont les catégories de pouvoir.»
Ben oui, Nietzsche (et Marx)… tout est maintenant clair !