Saturday, January 19, 2008

Recherche amis

¡ Cuba! Art et histoire de 1868 à nos jours, du 31 janvier au 8 juin 2008, au pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée des beaux-arts de Montréal.

Ça, et également L.Cohen qui fait une tournée mondiale (première en 14 ans, et probablement denière, le gars a quand même 74 ans) avec arrêt à Montréal. Billets en vente au mois de février.

Ceux que ça intéresse...

Mensonge

J’avais dit que c’était ma dernière entrée... j’ai menti.

La Paz m’a surpris une fois de plus. Je la regardais hier soir, dans les yeux, ses milles yeux qui la nuit se dressent devant moi comme un mur. Elle était belle. Je l’ai regardé comme au salon on regarde l’être aimé pour une dernière fois, la beauté cadavérique du toujours vivant… une dernière fois.

En traversant la Plaza Murillo, l’émouvante Plaza murillo, j’avais la Bolivie en travers de la gorge. Dans le claire obscure qui vêt ce délicat espace aux alentours de huit heures, il y avait toute la beauté, esthétique beauté, d’un pays n’ayant pas encore su éclore. Comme saupoudrée au hasard d’un slalom montagneux, dans le manque d’oxygène d’une vallée bol de soupe, vient se concentrer en cet infinitésimal point la conjugaison du droit et du devoir d’espérer. Les bâtiments coloniaux saillent la petite place où rient les enfants au milieu des pigeons, où les bancs ne sont dissociables de leurs amoureux, où les cireurs de souliers masqués côtoient les hommes d’affaires et les paysans venant de l’arrière pays. La Plaza Murillo est une La Paz métonymique.

Au détour des conversations, nombreux sont les voyageurs venant à exprimer leur désaffection pour cette grande petite ville. Irritante, oui ; déstabilisante, certes ; étouffante, dans tous les aspects de sa composition, il n’en fait aucun doute, mais… La puissance de La Paz, la relation phéromonique apte à unir chaque voyageur à cette géographie, à cette communauté, naît dans l’entrecroisement des regards. Celui qu’on lui porte, naïf, ouvert, et celui qu’elle nous retourne, mais encore faut-il savoir le trouver. Et comme dirait Plasson, il sont où les yeux de La Paz ? Mais là repose l’erreur. À regarder un visage bien souvent on cherche les yeux alors que ce qu’il y a à trouver, c’est un regard…

Elle ne me manquera pas la capitale bolivienne, car si elle est en moi, elle n’est pas moi. Elle ne me manquera pas, car je sais que je la retrouverai encore. Et encore.

Friday, January 18, 2008

L’Amérique est-elle petite ? (et le monde, lui ?)

If you are not too long, I will wait here for you all my life. – O. Wilde

Il semble que le temps a fini par s’accélérer. Plus que quatre jours et je serai de retour dans la blancheur montréalaise qui se remet en place tranquillement de manière à m’offrir un accueil chaleureux de flocons. Je quitte La Paz et la Bolivie demain. Escale dans la longtemps brune Puno, puis tout de suite Juliaca pour une journée, et enfin, de métal volant jusqu’à Lima, et Toronto, et Montréal. J’en profite pour récupérer au cœur de la capitale péruvienne le recueil de textes laissé à mon égard par une étudiante au doc de Cynthia – vive la mondialisation –, recueil nécessaire à la préparation de cet atelier que j’anime au lendemain de mon retour pour le cours d’introduction à l’histoire de l’Amérique latine. Bienvenu au pays Guillaume !

Après la rencontre bsassienne fortuite de Golo et de Ana, ne voilà-t-il pas que je suis tombé il y a deux jours sur David, ingénieur (n’appliquez que le tiers des préjugés que vous avez à l’égard de cette profession) québécois rencontré à Sucre il y a deux mois de cela. On a passé deux jours ensemble. Ce fût une agréable sensation que de parler à quelqu’un d’autre que mon ordinateur… Et moi qui suis au milieu des Andes, et qui dans si peu serai au Québec… L’Amérique est petite…

La solitude est l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la conversation celui de l'intelligence. – E. M. Cioran

J’aurai profité de ces derniers jours d’hémisphère retourné pour m’isoler du monde. Non, pas m’en isoler, m’en sortir complètement. Réfléchir, écrire, réfléchir. Je ne crains pas le retour, du tout, je le calcule et l’anticipe beaucoup trop pour ça. Il m’excite trop pour ça. Mais je n’entrevois pas ce moment temporellement proche où j’aurai à nouveau le temps de me défaire justement du temps, d’en faire fi. Rares sont les opportunités non sabbatique (!) où il est possible de se glisser dans une sorte de non espace-temps, celle dont les seules contraintes s’entrevoient dans les devoirs biologiques de s’alimenter et de déféquer. J’en aurai donc profiter pour penser à tout ce qui est moi, ce qui est vous, nous. Ces réflexions si rares en deçà d’une surface tant visitée et revisitée. Je suis prêts à rentrer.

La modestie est la vertu des tièdes. – J-P. Sartre

Compte tenu du parcours au travers duquel je m’apprête à me défiler depuis ici jusqu’à la maison, je doute d’écrire à nouveau en ces lieux d’ici à mon retour (une conclusion digne de ce nom s’imposera sans doute). J’espère donc que vous avez apprécié la lecture (à votre place, je l’aurais fait), qu’elle ne vous a pas trop accablé de sa densité et de son poids. Chose certaine, l’écriture, elle, m’a plue. Vider mon quotidien à pelletées, morceaux d’entrailles et de Bolivie, avec la certitudes du réceptacle oculaire de quelques-uns de vos yeux fût plus qu’un plaisir, ce fût un réconfort. Je vous remercie de votre attention et la prochaine fois que je vous parle, ce ne sera pas du bout des doigts…

P.S. Puisque j’ai perdu pas mal de temps sur le net dernièrement, je vous jette comme ça quelques citations de Woody, question de vous laisser sur un sourire et quelques rire, car comme disait Cioran : « Le rire est un acte de supériorité, un triomphe de l'homme sur l'univers, une merveilleuse trouvaille qui réduit les choses à leurs justes proportions.

»

Dying is one of the few things that can be done as easily lying down.

He was so depressed, he tried to commit suicide by inhaling next to an Armenian.

I am not afraid of death, I just don't want to be there when it happens.

I don't want to achieve immortality through my work. I want to achieve it through not dying.

I took a speed-reading course and read War and Peace in twenty minutes. It involves Russia.

I want to tell you a terrific story about oral contraception. I asked this girl to sleep with me and she said 'No.'

I'm such a good lover because I practice a lot on my own.

I'm very proud of my gold pocket watch. My grandfather, on his deathbed, sold me this watch.


If my films don't show a profit, I know I'm doing something right.

Money is better than poverty, if only for financial reasons.


Sex without love is a meaningless experience, but as far as meaningless experiences go its pretty damn good.


To you I'm an atheist; to God, I'm the Loyal Opposition.

Tuesday, January 15, 2008

Anglo-saxonie de l'âme

J'emploie des mots qui ne sont pas les miens aujourd'hui, mias ne vous méprennez pas, c'est bien de moi dont il s'agit...

A DEEP HAPPINESS

A deep happiness
had seized me
My Christian friends say
that I have received
the Holy Spirit
It is only the truth of solitude
It is only the torn anemone
fastened to the rock
its root exposed
to the off-shore wind
O friend of my scribbled life
your heart is like mine -
your loneliness
will bring you home

Leonard Cohen


AND DEATH SHALL HAVE NO DOMINION

And death shall have no dominion.
Dead mean naked they shall be one
With the man in the wind and the west moon;
When their bones are picked clean and the clen bones gone,
They shall have stars at elbow and foot;
Though they go mad they shall be sane,
Though they sink through the sea they shall rise again;
Though lovers be lost love shall not;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
Under the windings of the sea
They lying long shall not die windily;
Twisting on racks when sinews give way,
Strapped to a wheel, yet they shall not break;
Faith in their hands shall snap in two,
And the unicorn evils run them through;
Split all ends up they shan't crack;
And death shall have no dominion.

And death shall have no dominion.
No more may gulls cry at their ears
Or waves break loud on the seashores;
Where blew a flower may a flower no more
Lift its head to the blows of the rain;
Through they be mad and dead as nails,
Heads of the characters hammer through daisies;
Break in the sun till the sun breaks down,
And death shall have no dominion.

Dylan Thomas


Abrazos

Saturday, January 12, 2008

Donnez-moi de l'oxygène

Comme nous l’apprenait en primeur choque le El Diario du 10 janvier – auquel je suis abonné pour les images – le stade Hernando Siles de La Paz serait situé à quelques 3280 mètres. La mesure a été prise lors du dernier entraînement de l’équipe nationale, à l’aide d’un altimètre, suisse de surcroît. Oui, oui, suisse. Non pas un altimètre chinois ou néerlandais, et ne parlez surtout pas de ces altimètres mauritaniens, suisse l’altimètre, suisse ! Ceci étant dit, à considérer cette donnée comme étant exacte, j’estimerais la localisation verticale de mon logement à environ 3750 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Où veux-je en venir avec tout cela me demandai vous ? Et bien, ayant un dix jours à passer dans les hauteurs lapaziennes, je me suis dit qu’entamer un léger plan de remise en forme ne serait pas une mauvaise idée. Il y a que ma réalité physique personnelle engendrée par ces quatre derniers mois passés loin de la maison sous-tend un bilan plutôt désastreux. Si l’absence de sport de mes deux premiers mois et demi ont généré une dramatique baisse de masse musculaire chez moi, la part argentine de mon périple a quant à elle accru l’isolation thermale de mon abdomen dans des proportions jusque là inégalées.

Ainsi, si depuis environ trois jours j’avais entrepris une modeste remise en forme musculaire, aujourd’hui, j’ai profité des bas prix boliviens pour m’acheter une paire de souliers de course (oui, oui, je sais) de manière à tenter de retrouver un semblant de cardio (en utilisant les souliers pour courir, bien sûr). Vous voyez maintenant se dessiner le lien avec l’altitude. Je n’ai jamais passé aussi près de faire une crise cardiaque, douleur à l’épaule et tout. Je m’étais dit que je serais sage pour le commencement, un petit 10, 15 minutes, pas léger. Je me demande si j’ai même couru un kilomètre, il fallu que je m’arrête trois fois. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai eu les jambes aussi molles. Enfin, je m’en souviens, mais il serait sans doute déplacé d’en parler ici… 15 minutes après avoir regagné ma chambre, mon pouls était encore au-dessus de 100 bpm. Je ne respecte pas sa décision, mais je comprends la FIFA.

Musique :

Alors que nous étions à Asunción, j’ai prêté mon ordi à Golo pour qu’il fasse de l‘ordre dans son lecteur MP3. Pour me remercier, il a laissé sur mon disque dur une quinzaine d’albums. Américains, français, british, allemand, etc., il y a des trucs que je n’aime pas, mais d’autres me plaisent bien.

Je ne vous parlerai pas de In Rainbows que vous connaissez déjà sans doute, mais en voici quelques autres :

Nouvelle Vague : groupe français qui reprend des succès new wave à la sauce bossa nova – vous saisissez les jeux de mots. Assez chouette, léger. Ça vaut la peine pour Camille qui reprend la chanson Too Drunk to Fuck des Dead Kennedys ou encore, sur le EP, Eisbaer, une chanson en allemand don bien sûr je ne comprend fichtre rien, mais qui sonne comme une pub d’antihistaminique avec deux amoureux courrant l’un vers l’autre dans un champs de fleurs plein de pollène. Très cool.

Gnarls Barkley : groupe formé par la rencontre d’un DJ new-yorkais et d’un rappeur georgien (l’État pas le pays). Heureux croisement de hip hop, de funk, de jazz, etc., avec le chanteur qui a une voix semblable à celle de Jamiroquai. Vous connaissez peut-être Crazy, mais sinon, écoutez Go-go Gadget Gospel, Gone Daddy Gone ou Just a Thought. Ça groove en maudit.

Andy Mckee : guitariste américain, du Kansas je crois. Il a un son qui peut parfois faire penser à Dave Matthews, mais ça n’a vraiment rien à voir. Juste acoustique, le gars rock en maudit.

Jan Delay : un Allemand. Petite tendance dance, mais sur l’album que j’ai c’est davantage jazz-electronica. Sa voix est particulière.

Tomte : groupe indie rock hambourgeois. Inégal. Des chansons ordinaires, mais d’autres puissantes. Il me faut peut-être plus d’écoute. C’est tout de même probablement le meilleur groupe allemand que je connaisse (!)

Kate Nash, Emily Haines and the Soft Skeleton, Emiliana Torrini : une Brit, une Canadienne et une Italo-islandaise (son père possèderait un des restos les plus populaires de Reykjavik). Un style assez similaire, piano, guitare voix. C’est réussi dans l’ensemble, mais rien de spectaculaire.

Jamie T : Un autre Brit, de Wimbledon. Il a gagné le prix de l’artiste masculin de l’année en 2007 – devançant Thome York. J’ai de la difficulté à qualifier son style un genre de rock-pop britannique avec des influences raggae, hip hop… Chose certaine, ça rock et il a vraiment une voix spéciale, genre voyu mal éduqué des docks de Liverpool.

Sinon, avez-vous déjà constaté à quel point Beni and the Jets pourrait facilement passer pour une chanson de Supertramp ?

C’est pas mal tout ce que j’avais à dire.

Friday, January 11, 2008

...

À peine deux jours et demi m’auront suffit à atteindre La Paz depuis Iguazú. 34 heures de bus (avec trois compagnies différentes), une heures d’avion et un peu moins de six heures de sommeil plus tard, je suis maintenant dans la fraîcheur, pour ne pas dire froidure, de mes Andes chéries. Je crois que Salta m’aurait bien plus, Tarija aussi peut-être, mais j’avais besoin de me débarrasser de ce transport, de m’ancrer quelques jours dans un lieu connu avant mon retour… et le goût de retrouver les prix boliviens également.

La Paz n’est pas la maison, mais elle est génératrice d’une puissante familiarité. C’est étrange, je la retrouve comme si je retrouvais une vieille amie, les mêmes conversations qui reprennent là où elles avaient été laissées, les mêmes silences chargés de sens, la même quiétude effervescente. L’étrange avec La Paz est que je ne sais pas si c’est mois qui l’habite où si c’est elle qui m’habite. Un peu des deux sans doute. Je me souviens qu’à mon arrivée ici en septembre je n’avais que hâte de la fuir vers Sucre, je voulais une stabilité que je ne pouvais sentir ici. Maintenant, pourtant, il m’est drôle de retrouver cet exact sentiment absent à l’époque. L’Argentine m’a sans doute tant promené, sur des milliers de kilomètres, que l’idée de rester dix jours au même endroit suffit à générer le réconfort dont j’ai besoin. Ça, et l’idée de pouvoir me guider que de mémoire, de marcher sur une topographie ancrée en moi.

Tuesday, January 8, 2008

Paysages

(rédigé le 7 janvier)

Je joue ma propre grande traversée une fois de plus. D’Est en Ouest cette fois. Je m’expose à nouveau à ces paysages infinis, dont les limites me sont intangibles, inintelligibles même. La germination de mon champ oculaire enchaîne répétitions sur nouveautés. Je mesure à peine les cieux les plus grands du monde que je me penche sur la terre pour embrasser la vie – intertexte. Je transmute ma locomotion dans mes songes tridimensionnels, dans mon regard d’oscillant virtuel – la vie est un rêve, c’est le réveil qui tue –, je me déplace somnambule.

Un couple d’obèses dort dans l’herbe, un trio d’Allemandes me donne le torticolis, on passe devant un centre de chirurgie vétérinaire, l’Argentine se couche devant moi comme une amante docile, et je souris. Encore.

Je n’aurai rien vu de Corrientes, simplement une ville de plus connue au détour de son terminal. Je n’en saurai probablement jamais rien de plus que la synchronie de mon passage et de la rougeur de son ciel. La plage de Corrientes s’efface doucement dans le calme aqueux d’un fleuve sans vague. Une série de palmiers garde-côtes l’habitent discrètement, sans ostentation, que la vigile sylvestre que les tropiques confèrent à l’endroit. De l’autre côté de la rive, suspendu comme un plafond en construction, l’écarlate de nuages en reflets du soleil. Acide sur le cuivre de ma rétine, l’image s’imprime en eau-forte de la beauté physico-chimique du ciel, du monde… Je ne connais pas Corrientes, pourtant, jamais je ne l’oublierai.

Puisqu’on baigne dans la beauté, il serait à propos de vous parler de mon passage à Iguazú. Mais j’ai peur de rendre démesurément jalouse ma sœur (j’ai pris plein de photos pour toi Estelle). Je vous passe le commentaire critique sur le fait de voyager avec Ana, pour me concentrer sur les beautés du parc national. Si on en exclue la chaleur, Iguazú c’est le bonheur. La parfaite conjonction des éléments avec lesquels je suis bien : eau et roches. Le lieu, en plus de servir de colonie à arcs-en-ciel, est une démonstration de plus de notre petitesse vis-à-vis de la nature. Il y a dans l’observation d’un rapide ou d’une chute quelque chose de fascinant, une continuité inaliénable conjuguée, pourtant, à un renouveau ininterrompu, une image fixe en constant mouvement. Iguazú, c’est, si l’on s’en donne le temps, l’hypnose à l’état pure. Iguazú est un amas d’oxymores. La peur du vide devant le plein, la puissance au cœur de la fragilité, la vie et la mort… sans blagues.

Chimie des solutions

(rédigé le 4 janvier)

Je viens de passer les deux pires journées de mon séjour. Il fait si chaud ici que l’on ne peut même pas dire que je me liquéfie, je me sublime. Aujourd’hui : 100 % d’humidité – parler de saturation de l’air est un euphémisme, l’air est un lac –, 42 degrés. Je n’ai même pas le temps d’avoir envie de mourir, je meurs.

Organisé comme je suis, j’ai supposé que je n’avais pas besoin de via pour entrer au Paraguay. Ainsi, après plus d’une heure de retard au terminal et environ 17 heures de bus (la clim dans le tapis, de quoi attraper une bronchite), c’est avec une joie à peine contenue que le douanier m’annonce que ma supposition était erronée. Canada : visa consulaire, 100 $ ! J’ai alors mis mon visage innocent et fauché de manière à trouver une solution… Mon premier douanier soudoyé, mais ça, il me l’a bien dit, c’est juste entre lui et moi…

Quelques minutes et trop de dollars plus tard, Asunción nous accueil dans son accablante chaleur. Ostie de shit hole ! Dans ma liste d’endroits les plus moches au monde (oui, oui, j’ai une telle liste), nous avons un nouveau champion. La capitale du pays des jésuites aidée de son climat tropical, est laide, les bâtiments coloniaux sont en déliquescence, les plus modernes s’avèrent inachevés, la villes est polluée, sale, puante, ses gens y sont antipathiques, etc. Imaginez Pisco – du temps où elle existait – mais avec 10, 15, 20 fois plus d’habitants : ostie de shit hole, je disais.

Après être mort de chaud à chaque coin de rue et après n’avoir dormis que d’un seul œil, moite de surcroît, nous avons pris le bus vers Ciudad del Este, question de transiter vers Puerto Iguazú, objectif premier de notre périple. Ce trajet m’a permis de constater que les systèmes d’autobus paraguayen et bolivien sont fort similaires. Pour 40 sièges, 55 billets de vendus, le trajet pris plus ou moins 40 % de plus de temps que prévu, etc. Le retard a pour conséquence que l’on rate le dernier bus pour l’Argentine et que, étant donné que mes compagnons de voyages sont trop cassés pour prendre le taxi jusqu’à la frontière, on dort une nuit de plus dans le pays enclavé. Cette veillée supplémentaire m’exposant peut-être à de nouveaux problèmes frontaliers n’ayant un visa valide que pour deux jours (tout c’est finalement bien passé)…

À ce moment, je commence, fatigue et chaleur aidant, à être pas mal en criss. On rejette les deux premiers hôtels, trop chers pour mes Allemands. Là, je suis en tabarnak, je commence à penser à foutre le camp tout seul. On trouve finalement un hôtel abordable. Alors que l’on commence à se faire à souper, je visite notre salle de bain et y rencontre la famille de cucarachas shootée aux hormones avec qui l’on partage la chambre… Le sourire me revient à ce moment. Bon appétit.

En retournant plus tard aux toilettes, je constate qu’un lézard y a également élu domicile. Vive la faune.

Manufactured landscapes

(rédigé les 2 et 3 janvier)

Dans le bus, une fois de plus. Sur ma gauche comme sur ma droite défilent mes dernières images de Buenos Aires. Dans quelques heures m’assaillera l’humidité paraguayenne. Une ou deux journées à marcher Asuncion, puis Iguazu et ses chutes mythiques, mystiques, puis la Bolivie, encore, puis le Pérou, et la lumière et me voici… Faut pas compter sur le hasard.

Ma remontée nordique m’encadre d’Allemands, à chaque sommet son Bavarois. Et puis moi, qui pousse l’idiome germanique dans la branche anglo-saxonne. J’ai sur ma gauche un Golo placide, calme jusque dans son débit verbal, un ami, s’il est possible de s’en faire un en back-packant. Devant moi, en reflet gamétique d’elles-mêmes, Ana et Klara. Sympathiques, gentilles comme tout, toutes deux, mais ça ne clic pas pour moi, un hiver mexicain sans papillons. Ça commence à peine et je sais que je serai heureux dans ma solitude retrouvée. Faire le vide une dernière fois avant de faire le plein de vous.

Par la fenêtre, un thermomètre géant affiche 41 degrés. Ne lisez pas trop fort, la neige risquerait de fondre…

Le vent s’enfarge d’arbre en arbre qui s’emmêlent les cheveux les uns aux autres

Le ciel descend

tranquillement

goutte à goutte

sur les enfants qui jouent dans leur merde

Au loin fusent les clins d’œil de vaches qui gambadent vers l’assiette

et au milieu des paysages verts de mort

pousse une fleur fanée

Alors que le fer à repasser divin se perd dans la bureaucratie épiscopale

j’observe une nature athée en crise de déni

Entouré de palmiers Psycho Bob

un point d’interrogation sans question

Une pluie d’autobus m’enveloppe

au son des arbres qui gémissent

flocons d’une géographie chlorophylique saupoudré dans le néant

géographie brûlée du progrès homme-made

J’embrasse l’oubli qui me gagne

avec la langue

avec pas de casque

J’ai décidé de ne plus sentir

et ironiquement je me sens bien

Un regard de bulldozer me scrute l’âme

m’aplatie le cœur

Je me réveille avec ces enfants qui prennent ma bulle pour un terrain de jeu de McDonald

mal de cœur

Les feux de Santa Fe patinent sur la nuit. Ils constituent une pause dans l’obscurité que nos deux petits phares peinent à habiter. La ville passe. Le vide à nouveau. À mes côtés Golo dort. Moi, je tiens, pupilles actives : sentinelle du néant. Tout comme le silence s’écoute, le vide s’observe, et il fascine d’obscures formes et d’ombrages. Ça présence proximale me plonge à l’intérieur de moi-même comme peu de chose.

Wednesday, January 2, 2008

Annuel transit

(rédigé le 31 décembre 2007)

Aujourd’hui soeur est partie. Ou était-ce hier ? Le petit vide qui s’installe, la complicité qui se reporte. Ces trois dernières semaines auront été formidables. Vivantes et reposantes à la fois. Un rythme partagé sans effort, des vacances qui par définition passent trop vite, mais qui me transportent à quelques 22 jours du retour.

Aujourd’hui on change d’année, je fais le transit ici dans une Buenos Aires tellement mienne malgré la courte connaissance. Je consume mon ticket pour 2008 en compagnie d’Allemands : Golo et Ana, rencontré à Sucre, croisés de nouveau ici au détour d’une bière d’après-midi. Golo, Ana et Clara, fraîche débarquée de Munich, sœur jumelle de l’autre, la soirée saura être chouette, saura être ivre, saura faire sa synthèse malgré la distance. Pensée pour vous.

Dans deux jours j’accompagne les aryens vers Iguazu. Me noyer un peu les yeux dans le décor tropical de ce détour qui me ramène vers la Bolivie, croiser un autre pays en chemin, prolonger les vacances… Fin comptable que je suis, les finances se sont replacée d’elles-mêmes. J’avais oublié que mes prêts et bourses de janvier étaient plus élevés et qu’il me restait à obtenir un chèque lié à ma bourse de mobilité (!) Je retournerai donc moins au pays des Indiens pour sauver de l’argent, plus pour pousser un peu les recherches. Comme si je cherchais à générer l’image d’un moi discipliné.

Ici je fonds. Le mercure s’évapore des thermomètres, je laisse tomber des flaques de peau au sol, l’absence d’eau de mon corps m’entraîne dans le délire nordique qui fantasme sur votre neige. Les patinoires du Québec, en écho, crient mon nom. Hâte de retrouver la consistance qui me fera plonger de parures de cristaux en mirages floconnés.

L’année qui nous quitte et de laquelle on s’envole aura été belle. Elle me lance vers vous, avec vous, vers de plus beaux jours encore. J’ai le pied heureux sur la marche supplémentaire où je le pose, j’ai le pas sûr car je me fous de débouler. De bas en haut ou à l’inverse, l’inertie est absente de ce début d’année et ce sera à pleine vitesse que j’atterrirai dans vos bras d’ici peu. Soyez près, ouvrez-les.

Bisous à tous.