Tuesday, January 8, 2008

Manufactured landscapes

(rédigé les 2 et 3 janvier)

Dans le bus, une fois de plus. Sur ma gauche comme sur ma droite défilent mes dernières images de Buenos Aires. Dans quelques heures m’assaillera l’humidité paraguayenne. Une ou deux journées à marcher Asuncion, puis Iguazu et ses chutes mythiques, mystiques, puis la Bolivie, encore, puis le Pérou, et la lumière et me voici… Faut pas compter sur le hasard.

Ma remontée nordique m’encadre d’Allemands, à chaque sommet son Bavarois. Et puis moi, qui pousse l’idiome germanique dans la branche anglo-saxonne. J’ai sur ma gauche un Golo placide, calme jusque dans son débit verbal, un ami, s’il est possible de s’en faire un en back-packant. Devant moi, en reflet gamétique d’elles-mêmes, Ana et Klara. Sympathiques, gentilles comme tout, toutes deux, mais ça ne clic pas pour moi, un hiver mexicain sans papillons. Ça commence à peine et je sais que je serai heureux dans ma solitude retrouvée. Faire le vide une dernière fois avant de faire le plein de vous.

Par la fenêtre, un thermomètre géant affiche 41 degrés. Ne lisez pas trop fort, la neige risquerait de fondre…

Le vent s’enfarge d’arbre en arbre qui s’emmêlent les cheveux les uns aux autres

Le ciel descend

tranquillement

goutte à goutte

sur les enfants qui jouent dans leur merde

Au loin fusent les clins d’œil de vaches qui gambadent vers l’assiette

et au milieu des paysages verts de mort

pousse une fleur fanée

Alors que le fer à repasser divin se perd dans la bureaucratie épiscopale

j’observe une nature athée en crise de déni

Entouré de palmiers Psycho Bob

un point d’interrogation sans question

Une pluie d’autobus m’enveloppe

au son des arbres qui gémissent

flocons d’une géographie chlorophylique saupoudré dans le néant

géographie brûlée du progrès homme-made

J’embrasse l’oubli qui me gagne

avec la langue

avec pas de casque

J’ai décidé de ne plus sentir

et ironiquement je me sens bien

Un regard de bulldozer me scrute l’âme

m’aplatie le cœur

Je me réveille avec ces enfants qui prennent ma bulle pour un terrain de jeu de McDonald

mal de cœur

Les feux de Santa Fe patinent sur la nuit. Ils constituent une pause dans l’obscurité que nos deux petits phares peinent à habiter. La ville passe. Le vide à nouveau. À mes côtés Golo dort. Moi, je tiens, pupilles actives : sentinelle du néant. Tout comme le silence s’écoute, le vide s’observe, et il fascine d’obscures formes et d’ombrages. Ça présence proximale me plonge à l’intérieur de moi-même comme peu de chose.

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