Saturday, January 19, 2008

Mensonge

J’avais dit que c’était ma dernière entrée... j’ai menti.

La Paz m’a surpris une fois de plus. Je la regardais hier soir, dans les yeux, ses milles yeux qui la nuit se dressent devant moi comme un mur. Elle était belle. Je l’ai regardé comme au salon on regarde l’être aimé pour une dernière fois, la beauté cadavérique du toujours vivant… une dernière fois.

En traversant la Plaza Murillo, l’émouvante Plaza murillo, j’avais la Bolivie en travers de la gorge. Dans le claire obscure qui vêt ce délicat espace aux alentours de huit heures, il y avait toute la beauté, esthétique beauté, d’un pays n’ayant pas encore su éclore. Comme saupoudrée au hasard d’un slalom montagneux, dans le manque d’oxygène d’une vallée bol de soupe, vient se concentrer en cet infinitésimal point la conjugaison du droit et du devoir d’espérer. Les bâtiments coloniaux saillent la petite place où rient les enfants au milieu des pigeons, où les bancs ne sont dissociables de leurs amoureux, où les cireurs de souliers masqués côtoient les hommes d’affaires et les paysans venant de l’arrière pays. La Plaza Murillo est une La Paz métonymique.

Au détour des conversations, nombreux sont les voyageurs venant à exprimer leur désaffection pour cette grande petite ville. Irritante, oui ; déstabilisante, certes ; étouffante, dans tous les aspects de sa composition, il n’en fait aucun doute, mais… La puissance de La Paz, la relation phéromonique apte à unir chaque voyageur à cette géographie, à cette communauté, naît dans l’entrecroisement des regards. Celui qu’on lui porte, naïf, ouvert, et celui qu’elle nous retourne, mais encore faut-il savoir le trouver. Et comme dirait Plasson, il sont où les yeux de La Paz ? Mais là repose l’erreur. À regarder un visage bien souvent on cherche les yeux alors que ce qu’il y a à trouver, c’est un regard…

Elle ne me manquera pas la capitale bolivienne, car si elle est en moi, elle n’est pas moi. Elle ne me manquera pas, car je sais que je la retrouverai encore. Et encore.

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